Après une phase Colette, j'ai entamé avec Le Comte de Montécristo une phase Dumas (père) qui m'a amenée à placer l'auteur très, très haut dans mon classement personnel. Notamment avec une pépite restée introuvable jusqu'à assez récemment, Black, dans laquelle l'insatiable narrateur dévoile des trésors d'ingéniosité et de profondeur. Je suis donc rentrée dans ce Robin des Bois, le prince des voleurs (dans une jolie édition des Classiques Points, soignée à deux coquilles près ) avec enthousiasme, curieuse de voir quelle lecture le jovial Dumas ferait d'une histoire vue et revue en films tout au long de ma longue vie. Le premier chapitre explique l'adoption du nourrisson par Gilbert le forestier, puis suit la découverte de son noble lignage, son accession au titre de meilleur archer de la forêt de Sherwood... tout se met en place de façon dynamique et fidèle à ce qu'on en sait, globalement. Et puis ça commence à patiner sévèrement, à mesure que les tensions narratives s'installent et que les personnages secondaires apparaissent. Marianne et son frère Allan, sauvés d'un malandrin par l'adroit Robin, immédiatement sous le charme de la jeune femme, l'hébergement dudit malandrin par le père adoptif, inconscient des circonstances de sa blessure, l'assaut de la maison par le reste de la troupe (deux personnes...) et, de fil en aiguille, la confrontation des habitants de la forêt avec un seigneur peu amène. Ça, c'est le côté sautillant, d'autant que les Normands s'en mêlent, même si ça n'est pas à quelques approximations près, notamment dans la vraisemblance des trajets. Dans le même temps, une sorte de toile de fond d'amour courtois vient se greffer sur ces aventures et parasiter la narration au point de tirer tout le roman vers une mare d'eau de rose stagnante dans laquelle il finit par plonger tête baissée, au gré de relations croisées entre les différents personnages, jusqu'à ce que l'amour triomphe finalement dans un bain de sang qu'on n'a pas vu venir jusque là, au gré d'une fin complètement bâclée qui survient en deux paragraphes mal torchés laissant un sentiment de sidération de mauvais aloi. Franchement, ça sent le roman courtois adapté à la va-vite et la fin précipitée pour une raison extérieure. Il paraît qu'il y a un tome 2, ceci expliquerait cela. Toujours aussi franchement, j'ai fini par douter de la paternité de Dumas. On sait qu'il déléguait parfois, ça pourrait aussi contribuer à cette impression d'un pas de côté dans une œuvre que j'avais jusque là trouvée cohérente. Où est l'humour propre à Dumas ? Sa tendresse pour ses personnages ? Sa pénétration psychologique ? Soit il a bossé sous la contrainte, soit il a bâclé, soit ça n'est pas de lui, dirais-je. Mais bon, avant la fin crapuleuse, j'avoue avoir lu ces aventures sylvestres sans déplaisir foncier, et je serais même partante pour continuer avec Le proscrit, histoire de voir comment le tout jeune homme reconquiert son titre, épouse sa promise, contrecarre les plans normands, rétablit les forestiers dans leur bon droit, libère la fille du baron psychopathe et déjoue les plans sadiques de ce même baron, parce que tous ces fils-là restent flottants au terme de la lecture du premier opus.