1972. Deux amis japonais se retrouvent un dimanche d’hiver, dans un restaurant de Tokyo, autour du plaisir de boire deux bouteilles de bourgogne, dont une de Romanée-Conti 1935. L’un d’eux est écrivain. De ce cérémonial à deux surgissent, inattendus, les souvenirs de chacun, avec pour l’écrivain un voyage à Paris, les yeux et la silhouette d’une femme disparue qui renaît dans la lie du vieux vin. La parenthèse d’une bouteille, plus grande qu’il n’y paraît.

« Aussi violenté, dépossédé, ravagé, affaibli que fût ce vin, il parvenait encore à susciter l’image d’une femme. Depuis toutes ces années et jusqu'à la rencontre avec cette bouteille, il lui était arrivé de se souvenir de Gunvor, mais ce n’était qu’un amas de fragments, la lueur du squelette dansant dans les ténèbres, le giclement du jus de l’orange, les cheveux masquant les yeux et le nez dans un visage qui rit. Jamais il n’aurait imagine qu’elle puisse surgir tout entière de cette bouteille. Il n’en restait qu’à peine. Il lui fallait faire rouler chacune des gouttes entre ses dents. »

« Romanée-Conti 1935 », nouvelle de 1973 est suivi dans ce recueil, traduit en français en 1993, par un autre très beau texte de 1979, « Le monstre et les cure-dents ».

Dans une ambiance électrique, de tension et d’épuisement de la guerre du Vietnam, le narrateur japonais échoué à Saigon cherche à déchiffrer l’énigme froide de B., général de l’armée de l’air pro-américain qu’il croise à plusieurs reprises, personnage cruel et incorruptible, homme immensément laid et si mélancolique. L’envers d’un monstre.
MarianneL
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le 4 mai 2013

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