Les souvenirs s'égrainent au fil des chapitres, sans ordre particulier ou sans logique apparente. Il ne tient qu'à nous de nous laisser emmener par la main à travers cette autobiographie sans contrainte. Le tout est parfois dur à suivre. Et puis, d'autre fois, on se perd un moment pour mieux se laisser surprendre plus tard.
On y découvre le parcours d'une immigrée Vietnamienne, fuyant la violence de son pays pour se retrouver au Québec. Elle en adopte la langue et se l'approprie pour nous offrir avec justesse son témoignage. Sa vie d'avant, son départ, son accueil, sa famille. Les mots de Kim Thuy sont simples, ses images sont d'une belle poésie ou d'une trivialité sans concession, en fonction des besoins.
Ce qui m'a frappée, sûrement, c'est cette capacité de décrire les choses avec autant d'amour et de fascination. Pas une plainte malgré les horreurs de son passé, mais beaucoup de reconnaissance pour le pays qui l'a accueillie et lui a donné une chance. Un récit si dur aurait pu être larmoyant, mais il ne l'est pas. Il sait rester sobre sans être froid. Rester authentique sans verser dans le sentimentalisme.
Au final, ce qui touche le plus, c'est simplement l'impression, en fermant le livre, d'avoir parlé avec l'auteur. De l'avoir laissée se confier, en suivant juste sa mémoire brute, en évoquant ses tranches de vie comme elles se présentaient, sans chercher à les ranger. Après tout, la mémoire n'a rien d'ordonné.