Il y a une littérature qui manque, celle de ceux et de celles qui se préoccupaient beaucoup trop de vivre pour avoir le temps de le raconter, de faire de la littérature.
Si bien qu’une part notable de l’expérience humaine, la plus importante peut-être, est absente du récit général, d’un savoir à acquérir certes « par procuration » mais qui est aussi incitation à vivre davantage et à ne pas rester spectateur de la vie des autres.
Il existe heureusement quelques exceptions qui font que certains individus, n’ayant à priori aucune vocation marquée pour l’écriture, se trouvent à l’occasion de quelques loisirs forcées, désireux de transmettre leur usage de la vie et des lieux à qui saura les entendre ; comme en passant dirait-on. Et puis retournent à l’essentiel, loin de toute idée de carrière.
Cet ouvrage fait partie de cette catégorie. Il fallut à son auteur une forte motivation pour se mettre à l’ouvrage, justement. Comme une urgence.
Cette urgence, c’était le cœur du Paris ancien en voie de dissolution en ces années 50 du siècle dernier, où les traces de pas de François Villon et du Paris populaire commençaient à s’effacer définitivement du sol de la capitale alors même que ses derniers enfants perdus y noyaient leur jeunesse. Si bien que Jacques Yonnet considéra probablement comme un devoir de retransmettre au moins quelques bribes de ce savoir secret que son expérience lui avait acquise. Au contact d’une bien étrange population qui n’était telle que par son intimité même avec ces lieux où le temps agissait encore en profondeur, dans les bâtisses les plus vétustes frémissantes des secrets passés, dans ses ruelles aux pavés luisants d’humidité qui savaient si bien conserver la trace des siècles, dans ses bouges si favorables aux rencontres improbables et aux confidences murmurées dans l’ombre.
Rien de factice en cette « chronique » - Un livre pour initiés.
steka
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le 5 mars 2015

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steka

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