J'ai eu beaucoup de mal à terminer ce recueil alors que j'étais persuadée que ça allait passer tout seul. Peut-être est-ce dû en partie au fait que j'avais surtout envie de lire les récits de voyages de Sylvain Tesson, et que je me suis rabattue sur de la fiction faute de mieux (Dans les forêts de Sibérie n'était pas disponible à la bibliothèque). Reste que j'ai trouvé la moitié des nouvelles - sur un total de dix-neuf, me semble-t-il - poussive, le style de Sylvain Tesson m'irritant à force de citations érudites en exergue et d'accumulations d'images et autres métaphores. J'ai toujours pensé que l'utilisation excessive des métaphores était bien trop facile et c'est une chose qui a tendance à m'agacer prodigieusement, à quelques exceptions près. Ajoutez à cela que je trouvais ces nouvelles assez convenues, et faisant montre, parfois, d'un étalage de bons sentiments un rien exagéré. Car oui, bon, on se doute, si on n’est pas trop bête ou pas trop innocent, que les jeunes files russes qui épousent de riches Français pour échapper à leur milieu ont bien des chances de ne pas être heureuses, et qu'un jeune homme ayant voyagé jusqu’en France dans des conditions infectes pour fuir la misère de sa vie au Niger ne va s'épanouir en lavant des vitres à Paris - j'ajouterai que peu de laveurs de vitres et autres smicards, chômeurs et consorts, trouvent l'épanouissement dans le travail. Bref, ce qui sauve plus ou moins cet aspect bons sentiments, qui ne nous apprend tout de même pas grand-chose, c'est l'ironie de la chute, qui intervient presque invariablement.
Bizarrement, j'ai aussi trouvé un petit côté assez bourgeois à toutes les nouvelles qui ne se déroulent pas à l'étranger : les personnages sont alors forcément journalistes, ou exercent un métier de ce genre, et disposent d'un niveau de vie très enviable. Bon, passons. Après tout, Sylvain Tesson parle de ce qu'il connaît. Enfin, tout ça, accumulé, a fini par me fatiguer et j'ai fait une pause au milieu du livre, vu qu'il n'y a pas vraiment d'intérêt à se faire du mal lorsque ce n’est pas nécessaire. Je l'ai repris quelques temps plus tard, et j'ai pris davantage de plaisir à terminer le recueil. J'ai trouvé les nouvelles plus drôles, et surtout, il m'a semblé que le style allait vers beaucoup plus de sobriété. Vers la toute fin - je crois que c'est dans la nouvelle Le train -, l'auteur nous explique ce qui constitue le nœud de cohésion de son recueil : la notion de pogifisme, qu'il définit comme "une résignation joyeuse, désespérée face à ce qui advient". C'est plus un prétexte qu'autre chose - d'ailleurs certaines nouvelles n'ont pas vraiment de rapport avec le pogifisme -, un prétexte à écrire sur l'ironie de la vie. Seule une nouvelle va un peu plus loin que les autres, avec un petit côté poétique que n'ont pas les autres, bien qu'elle ne soit pas superbement écrite. C'est Le barrage, qui vaut surtout pour sa fin. Et qui est tristement d'actualité, partout dans le monde.
Alors voilà : je me suis un peu, voire pas mal, emmerdée pendant la moitié du recueil, sans compter mon agacement récurrent, et j'ai lu le reste d'une traite, tranquillement. Qu'en déduire ? Que je suis devenue pogifiste au cours de ma lecture, évidemment.