Quand viennent les Masse Critique de Babelio, au-delà du kiff que ça procure, c’est aussi un vrai travail de recherche pour choisir parmi la centaine de livres proposés. J’en avais sélectionné quelques-uns, sept ou huit, certains que je connaissais déjà et d’autres non, dont S’aimer dans la grande ville, accroché par la mention “l’une des sensations de la littérature sud-coréenne” en bas de première page (quel pigeon !). Réalisant que je n’avais encore jamais lu d’auteur ou d’autrice sud-coréen·ne, et avec tout l’attrait qu’a aujourd’hui la jeunesse pour la culture coréenne à travers la K-pop et autres, ça ne pouvait qu’être intéressant de m’y plonger un peu.


Malheureusement, j’ai commis l'irréparable : lire des critiques avant de commencer le livre. Et vraiment, je n’aurais pas dû, parce qu’évidemment, la lecture n’était plus complètement vierge de préjugés. Forcément, on repense à ce qu’on a lu, et je passais les premières pages à essayer de m’en débarrasser.


Je ne sais pas si c’est ça ou non qui a joué, mais le début a été compliqué : le personnage principal ne séduisait pas, et l’univers coréen restait un peu hors de portée. Franchement, ça aurait été la même à Paris. Il y avait aussi ce côté très détaché du narrateur dans ce qu’il raconte, qui ne m’a pas vraiment plu. J’ai donc arrêté ma lecture vers la page 70, sans pour autant l’abandonner.


Et finalement, cette pause a été bénéfique : je me suis rendu compte que cette histoire, qui me semblait distante et à laquelle je n’accrochais pas, avait tout de même éveillé quelque chose. À force d’y repenser, je me suis surpris à me demander comment la vie de ce narrateur allait évoluer. Et avec un peu de recul, un certain charme s’était installé autour de lui. C’est ce qui m’a donné envie de reprendre.


Mais cet intérêt s’est à son tour vite essoufflé. Dans la deuxième partie du livre, on part sur une romance, un genre qui m’a rarement passionné. Même si celle-ci a quelque chose de touchant, parce qu’à travers cette relation on perçoit l’emprise qu’une personne peut exercer sur une autre, ça n’a pas suffi à me captiver. On voit à quel point cette emprise peut prendre des formes multiples, presque infinies, selon les individus. Et quand on ne l’a pas connue, entrer dans ces mécanismes, essayer de les comprendre de l’intérieur, reste malgré tout intéressant.


Je parlais plus haut d’un manque d’immersion dans la société coréenne. Et au final, après réflexion, je me suis demandé : pourquoi un livre étranger devrait forcément nous plonger dans sa culture ? Un livre n’est pas nécessairement fait pour ça. S’aimer dans la grande ville, c’est surtout l’histoire d’un jeune, et à travers lui, d’une jeunesse dans une grande ville, confrontée à la vie tout simplement: à l’amour, à l’amitié, à la maladie, à la joie, à la déception, à la désillusion, à tout ce qu’on traverse et qui fait qu’on avance.

Et puis, même sans réelle immersion, on en ressort avec quelque chose. Des impressions, des petites touches, des éclats de vie qui donnent envie d’en découvrir plus sur cette culture qu’on connaît finalement assez peu.


Côté style, j’ai parfois regretté ce côté un peu “préfabriqué”, avec des jolies phrases qui semblent écrites avant tout pour être jolies. Et c’est vrai que ça fonctionne. Mais parfois, c’est un peu trop appuyé, notamment quand ça tombe en fin de chapitre pour bien marquer le coup.


Mais ne nous y trompons pas : c’est un livre qui a une certaine force, celle de la jeunesse. Et même si je n’y ai pas complètement accroché, je pense qu’il peut vraiment toucher beaucoup de lecteurs. Certains thèmes y sont abordés avec une évidence presque désarmante : la sexualité, la maladie, la famille, la dépression, la séropositivité, cette impression de jeunesse un peu perdue… Tout ça est traité avec une certaine légèreté qui devient à la fois tendre et touchante.


Le roman a d’ailleurs rencontré un vrai succès en Corée du Sud, salué pour sa liberté de ton et son regard neuf sur une génération souvent peu représentée. C’est d’ailleurs amusant de lire les notes de l’auteur en fin d’ouvrage, où il explique qu’au moment de l’écriture, la société sud-coréenne était en pleine transformation. La liberté gagnait doucement du terrain dans les mentalités. Et lui, déjà, se sentait en décalage avec ce qu’il racontait.

Bref, je suis content, comme toujours, de ces opérations Masse Critique : même quand on n’accroche pas complètement, elles permettent de découvrir des choses, ou simplement d’ouvrir une porte vers des univers vers lesquels on ne serait peut-être jamais allé. Et ça, c’est toujours bon à prendre.

Ben-Ardo
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le 11 oct. 2025

Critique lue 23 fois

Ben Ardo

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