Saga, Tonino Benacquista, Gallimard
Louis Stanick, scénariste has-been, Mathilde autrice de romans érotiques, Jérôme scénariste qui s’est faire voler son scénario par son collègue, ainsi que les 4 millions de dollars qu’il a rapportés et Marco, jeune homme qui rêve d’écrire de grands histoires sont recrutés pour écrire un feuilleton censé remplir le quota de création française. Quasi aucun budget, des acteurs inconnus, des décors minimes, mais création libre, car la série n’est pas destinée à être vue, elle passera entre 4h et 5h du matin. Elle s’appellera Saga.
Il est assez visionnaire ce roman publié en 1997 : les téléphones portables arrivaient tout juste, Internet était réservé à quelques initiés et son contenu assez pauvre et l’intelligence artificielle n’était même pas dans les têtes. Néanmoins, la technique avançait et Tonino Benacquista envisage des détournements d’image, des sons, des bidouilles qui permettent de changer totalement le cours d’une histoire. L’IA d’aujourd’hui accélère et rend accessible à tous –pour le meilleur et surtout le pire- ce qui était auparavant pré carré des techniciens. Saga préfigure les Plus belle la vie et les suivants.
L’auteur forme une équipe de has-been attachante, des gens qui ont tout à prouver ou rien à perdre et qui ont décidé de ne pas se censurer. Tout passe même le plus extravagant. Et l’on sent que Tonino Benacquista s’est fait plaisir dans l’écriture de Saga, mais aussi dans la descriptions des scénaristes et de leur entourage, des répercussions de la série, des mœurs de la télé et de la création. L’imagination de l’auteur, le rythme, les rebondissements et l’écriture m’ont tellement plu que je n’ai pas pu décrocher et que les 350 pages sont passées très vite.