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Sartre vivant
Sartre est le penseur de mon adolescence. A seize ans, je lisais dans le bus "Qu'est-ce que la littérature ?" sans le comprendre, "La Nausée" en n'en retenant pas grand-chose, mais sans hésiter à le...
le 22 nov. 2020
Sartre est le penseur de mon adolescence. A seize ans, je lisais dans le bus "Qu'est-ce que la littérature ?" sans le comprendre, "La Nausée" en n'en retenant pas grand-chose, mais sans hésiter à le citer. C'était au fond bien dans l'esprit du jeune Sartre, qui n'était pas à une provocation prêt. Lire Sartre aujourd'hui pour moi, c'est me souvenir des raisons qui ont motivé mes premières lectures ; c'est faire ma propre (et bien que maigre) autobiographie intellectuelle. A trente ans comme à quinze, Sartre guide mon esprit par sa pétulance, sa volonté de "penser contre lui-même", sa volonté de se penser libre avec autrui plutôt que contre lui, et c'est aussi un délire des grandeurs, égocentrique parfois, mais surtout une soif de savoir océanique qui me portera toute ma vie.
J'abordais cette biographie avec les babines d'un.e enfant dans une confiserie, mais aussi avec la crainte de ne pas y trouver ce que j'y cherchais, la crainte de me confronter à un Sartre paternaliste, vieillot, empaillé. Je voulais trouver l'idole naïve que je m'étais forgée telle quelle, dans l'Histoire.
Du début à la fin, ce fut un tourbillon, 865 pages qui donnent la nausée par leur profusion de détails, la rapidité avec laquelle la biographe suit les mouvements de la pensée et du corps de Sartre emballe ; il est difficile pour moi d'imaginer quelqu'un.e qui refuserait de faire un bout de chemin avec lui.
C'est parfois trop. J'ai failli abandonner plus d'une fois la lecture de ce fleuve. On aurait aimé peut-être un peu de synthèse. Mais l'ouvrage est écrit dans l'urgence, un peu après la mort de Sartre. Il faut remettre les esprits d'équerre, solder les comptes, interroger les témoins, rédiger le procès-verbal.
Pour l'étudiant.e en philosophie que je suis et que je serai toujours, c'est un formidable outil de travail, certes, mais c'est aussi une inspiration à continuer le mouvement de la pensée comme un voyage dont la destination nous importe moins que la succession des pas, des étapes et des ports.
Avant de retourner à Beauvoir, je vais un peu méditer en ce dimanche pluvieux de l'alliance sacrée entre les jeunes con.nes et ce vieux con.
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le 22 nov. 2020
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