Quelques années avant de mourir, Jack Kérouac est venu d'Amérique en France à la recherche de ses origines bretonnes. "Satori à Paris" est le fruit de ce voyage. Il répond à la magnifique définition que Kérouac-le beatnick donnait de la littérature: "Un récit que l'on fait par amitié".
Le satori, en japonais, est une sorte d'illumination. Quelques mois aprés son séjour en France, Kérouac ne sait pas où, ni quand il a reçu cet éblouissement. Le livre est donc une quête, dont nous sommes les compagnons, quête de racines et d'identité profonde, et quête d'une révélation.
Génial vagabond paumé (il est l'auteur de "Sur la route"), qui se transbahute de lieu en lieu, de bar en bar, Kérouac n'est pas seulement ivre d'alcool, il l'est "de la terre entière". Il engage la conversation "coeur à coeur", avec des centaines de personnes: la dame-pipi ou le curé-compagnon de voyage, ou les marins en goguette avec lesquels il meugle un Ave Maria dans la nuit brestoise.
Qu'ont-ils pu penser, tous, de cet étrange bonhomme disert et cultivé, qui arrêtait son taxi à trois heures du matin pour saluer la statue de Balzac ? "Une espèce de cinglé, avec un imperméable et un chapeau".
A vrai dire, personne n'a pu l'aider dans sa quête assez désespérée. Rencontres fugitives, sensations fugitives, Kérouac est un fugitif qui ne retrouve plus son chemin.
Raison de plus pour l'accompagner et l'entendre fraternel nous confier des choses du genre: "Les nouveaux parapets de maçonnerie de Colbert ne peuvent faire entrer le moindre espoir dans le coeur d'un bouddhiste".
On n'y avait pas pensé..