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Pervers pépère
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le 13 mars 2019
Le héros, Florent-Claude Labrouste, est un ingénieur agronome de 46 ans. C'est un employé du ministère de l’agriculture. Il vit dans le 14éme. Il est en couple avec une Japonaise de 26 ans. Il ne doit sa santé (précaire) qu’à l'effet d'un médicament, le Captorix, qui stimule sa production de sérotonine, une hormone liée notamment à "l’estime de soi". Un beau jour, il décide de disparaître (c'est un droit). Il quitte son appart au petit matin et trouve d'abord asile dans un hôtel Mercure (Place d'It'), mais très vite ça ne lui suffit plus ("Paris est une ville infestée de bourgeois écoresponsables"), et le voilà sur les routes de la Basse-Normandie ("un territoire à l'abandon, peuplé d'agriculteurs suicidaires et condamnés par la politique européenne de Bruxelles").
Sérotonine est un précis de décomposition, où il est question du déclin de l’Occident, de l’Union européenne et in fine de la France : "Une civilisation meurt juste par lassitude, par dégoût d’elle-même. Que pouvait me proposer la social-démocratie ? Evidemment rien, juste une perpétuation du manque, un appel à l’oubli.". Dans sérotonine tous les personnages sont solitaires, divorcés ou séparés, et, sans être encore bien vieux, tous ont entamé la descente. Ce que l'auteur nous dit sur l'amour est désespéré et désespérant à la fois : mais en même temps très juste sur le point de vue masculin de l'amour, et des femmes. Et depuis le monde rural, on voit se profiler une forme de contestation sociale du désespoir. La virée hors de Paris nous installe à l'arrière du gros SUV du héros, citadin et confortable, pour nous conduire sur les petites départementales du réalisme social métaphysique propre à Houellebecq : d'un côté, les quotas laitiers, de l'autre, les réflexions sur « l'amour » - au sens le plus chrétien du terme. Dans la droite ligne de la quête d'hyper-réalisme entamée dès l'extension du domaine de la lutte. Personne ne tente, à l'heure actuelle, d'aller aussi loin dans la représentation du réel. Jusqu'au name droping non désiré d'une centaine de marques, contemporaines et sans doute éphémères, avec un soin du détail qui confine à la jubilation masochiste (Malongo, Volvic, Figaro magazine, SFR, Toyota, Uber, Daily Monop',etc). Le placement de produit apparent équivaut en fait à un seal of mediocrity ("vulgaires Samsonite pour cadres moyens"). Isolé parmi les vrais médicaments (comme le Prozac, évidemment) se distingue le nom de son médicament fictif, qu'il prend pour remplacer la sérotonine que son corps ne produit plus. La sérotonine est une des molécules du bonheur : celle qui provient du ventre, et qui prépare le corps au sommeil. Florent-Claude ne dort plus et prend du poid. Il inquiète son médecin car il semble être en train de mourir "de chagrin", littéralement. Sérotonine est un grand livre contre « la mondialisation heureuse » qui nous a été vendue.
Créée
le 15 sept. 2022
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