Je ne sais pas de quelle manière Maylis de Kerangal et Joy Sorman ont écrit Seyvoz, quel protocole elles ont suivi, mais il est intéressant de constater que le résultat n’est pas une fusion de leurs deux voix, mais plutôt une juxtaposition. Joy Sorman écrit : c’est carré, juste et efficace, il y a une petite ambiance glaçante et lancinante qui se met en place. Et puis paf, Maylis de Kerangal débarque, ça déborde, plus question de parler ambiance minimaliste, faut en mettre plein la vue, prolonger les phrases jusqu’à tirer la langue, empiler les mots qui sonnent.
Ce qu’écrit Maylis de Kerangal m’intéresse parfois de loin, mais à chaque fois que je m’y plonge vraiment je m’y épuise, je voudrais qu’elle ménage des espaces de respiration, qu’elle calme les chevaux - ça n’arrive jamais. Je m’y suis fait, je sais que jamais je ne comprendrai ce que tout le monde trouve à cette écriture. C’est un peu comme les autostéréogrammes, ces images pleines de taches de couleur d’où on est censé voir émerger une forme en 3D : je n’ai jamais compris comment les autres les regardent pour que ça marche, moi je ne vois que le fouillis et ça me fout mal au crâne. J’espérais que Joy Sorman tirerait Seyvoz dans une autre direction : c’est le cas, mais en pointillés, pas suffisamment pour me rendre l’ensemble lisible.