En 1614, un jeune prêtre portugais part au Japon pour enquêter sur l'apostasie de son maître et pour poursuivre la quête évangélisatrice.
J'ai trouvé en Shusaku Endo (baptisé catholique !) un style d'écriture occidental romantique, psychologique, et traitée avec une juste concision. Le silence de Dieu face à l'absurdité de ces morts, l'ego de qui se veut marcher dans les pas du Christ. Le Judas, figure méprisée de l'autre qui n'est que la plus extime de soi. Les paysages se découvrent comme des estampes romantiques, chargés d'ambivalence. Tout comme le narrateur et le grand persécuteur japonais, ancien converti.
" Le prêtre, regardant le riz dur et le poisson sec dans le bol de bois, secoua la tête et les pria de donner ce repas aux chrétiens. Déjà, les mouches s'affairaient autour du bol.
Le soir venu, les gardes apportèrent deux nattes de paille et le prêtre prenait une conscience plus aiguë de ce que présageait ce luxe insolite. Il pouvait signifier que le jour du supplice approchait. Détendu, son corps résisterait d'autant moins à la douleur. Les fonctionnaires tramaient sournoisement le moyen de saper lentement son énergie à la veille de la torture. Telles étaient, sans aucun doute, leurs intentions.
La fosse... Ce mot, entendu dans la bouche de l'interpréte, au jour de son arrestation sur l'île, lui revint en mémoire. Si Ferrera avait apostasié, c'était parce que, tout comme lui, il avait été d'abord ménagé puis, quand son corps et son esprit avaient été ainsi minés, on l'avait soudainement soumis à cette torture. Il était inconcevable qu'un homme aussi grand eût autrement abjuré sa foi. Quelles n'étaient pas leurs inventions sataniques ! "