Je me suis attaqué à ce qui est considéré comme un monument, une collaboration historique entre le "papa" de Marvel, Stan Lee, et un des dieux de la BD franco-belge, Moebius. Sur le papier, c’est le mariage du siècle. À l'arrivée, c'est une œuvre profonde, mais qui me laisse un goût d'inachevé visuellement.
L'écriture : (8,75/10)
Contrairement à ce qu'on peut lire parfois, je ne trouve pas les monologues du Surfer niais ou datés. C'est théâtral, c’est "geignard" et rempli de jérémiades, mais c’est l’ADN même du personnage. C’est ce qui fait son identité de prophète tragique. Stan Lee livre une réflexion pertinente sur l'humanité : ce besoin viscéral qu'ont les hommes d'être dirigés "comme un enfant qui réclame le sein de sa mère" (citation du comics)
Le face-à-face avec Galactus est très bon. On a un Galactus tiraillé par la faim, qui tente de contourner sa promesse (faite au silver surfer) de ne pas toucher à la Terre en poussant les humains à s'autodétruire par l'anarchie. C'est cynique et face à ça, le Surfer oppose un idéalisme plein d'espoir, il veut éveiller dans les être humain l' "étincelle divine" que nous avons en chacun de nous.
La fin est d'ailleurs très bonne : le Surfer se "sacrifie" en jouant les tyrans pour forcer les humains à ne plus avoir besoin d'idoles.
Le dessin : (6/10)
C'est là que j'ai été déçu. Autant les cadres, les compositions et les découpages sont impeccables, autant j'ai eu l'impression d'avoir affaire à des esquisses ++ plutôt qu'à des dessins finis.
J'ai adoré le visage de Galactus dans les premières planches qui a un côté composé de plusieurs morceaux. Mais bizarrement, ça s'efface totalement par la suite pour devenir un visage humain beaucoup plus classique et lisse. J'ai eu le sentiment que Moebius, pris par le temps ou un manque d'énergie, de passion, n'a pas finalisé ses planches comme il se doit. Pour moi qui aime bien le détail et la densité (comme chez Georges Bess mais bon évidemment selon le genre d'œuvre je m'adapte au style et parfois l'épure me satisfait totalement), ce côté "volaporeux" et épuré m'a ici donné une sensation de travail un peu rapide, malgré des idées visuelles qui restent solides (bon le fait d'avoir lu l'obscure clarté des etoiles juste avant ne m'a peut être pas aidé)
Bref, une œuvre a lire pour son scénario philosophique et la caractérisation du Surfer. Dommage que la partie graphique ne soit pas au niveau de finition à laquelle je l'attendais de la part de Moebius. On reste sur un comics a posséder mais qui aurait pu s'approcher d'un 10/10 avec un dessin plus habité mais là c'est 7,5/10