Quatre filles, quatre sœurs, quatre destins et quatre narratrices, voici le programme de ce roman.
L'intrigue se situe principalement à Venise, dans un futur lointain (on est en 2354), après un effondrement écologique qui a profondément bouleversé la Terre, et la cité des doges (entre autres villes).
Venise est devenue une cité ce qu'on appelle une "ville-tige", perchée au sommet d'immenses pylônes, loin au-dessus de la surface polluée devenue quasiment inhabitable. Les déplacements se font en vaporetto volants et en dirigeables entre les différentes plates-formes qui la constitue (Venise reste en quelque sorte lacustre donc).
Le récit débute sur un massacre, celui de la guilde Sintonia, une famille de femmes assassines qui voit ses membres toutes tuées en une nuit, au cours d'une mission qui se révèle être un traquenard.
Ce qui faisait la spécificité de la famille Sintonia, c'était la technologie qu'elle utilisait (et qu'elle était la seule à avoir le droit d'utiliser) : une nanotechnologie permettant à l'aînée de la famille (constituée uniquement de femmes), de faire se mouvoir et de coordonner les gestes de toutes ses descendantes par le biais de nanobots présents dans le sang de leur lignée. Car oui, ce monde futuriste est ultra technologique à certains égards.
Privées de leur lien avec leurs aînées, plus ou moins grièvement blessées, les quatre héroïnes vont être séparées, et c'est donc à quatre narrations parallèles que nous allons avoir droit, jusqu'à leur (prévisible) réunion.
Le récit est très accrocheur, et la quadruple narration aussi. Audrey Pleynet réussit à donner à chacune des sœurs assez d'espace pour qu'elles développent un ton, une personnalité différente, et une saveur particulière à leurs chapitres. Leurs situations sont très différentes, leurs enjeux et objectifs aussi, et cela participe de la réussite du roman.
Le futur qui nous est donné à voir est aussi intéressant, mélange de société qui fleure bon la "Belle époque" dans ces codes (c'est en tout cas le ressenti que j'en ai eu), le tout sur fond à la fois de crise écologique toujours là (on a de nombreuses allusions aux sols pollués de la surface, aux cités-bulles encore soumises aux aléa de la vie au sol et qui rêvent "d'élévation"), mais aussi "d'optimisme technologique" (et c'est particulièrement ce point qui me fait faire le rapprochement avec la Belle Époque), avec des nanotechnologies dont les réalisations semblent n'avoir aucune limites.
On l'aura compris, ce texte m'a plus que convaincu. Je le trouve très plaisant, bien rythmé, servi par des personnalités fortes et inscrit dans un univers suffisamment crédible pour qu'on se laisse embarquer.