Soie
7.3
Soie

livre de Alessandro Baricco (1996)

L’intrigue : Hervé Joncour, négociant spécialisé dans les œufs de bombyx avec lesquels on fabrique la soie du titre, voyage plusieurs fois entre son Sud de la France et le Japon à l’aube de l’ère Meiji. Là-bas, il rencontre son double Hara Kei (« l’homme le plus imprenable du Japon », p. 35 en « Folio ») et une mystérieuse jeune femme qui ne tarde pas à le hanter ; chez lui, il retrouve son mentor Baldabiou et sa femme Hélène.

Contrairement au lieu commun, ce n’est pas le voyage qui importe dans Soie, mais bien la destination – ce que Joncour découvre là-bas et ici. (Je soupçonne que les passages où il est question d’oiseaux, par exemple aux chapitres 36 et 37, se réfèrent à l’histoire de la Conférence des oiseaux.) Les trajets eux-mêmes sont à chaque fois expédiés en une dizaine de lignes, toujours les mêmes avec quelques variantes.

Le lecteur comprend assez vite que la sériciculture n’est que le thème apparent du récit, qui raconte avant tout une histoire d’obsession, celle d’un homme qui « entra dans le bourg à pied, comptant ses pas, pour que chacun eût un nom, et pour ne plus jamais les oublier » (p. 41). Parallèlement, ladite obsession peine et tarde à se dessiner comme telle, ce qui vient peut-être en partie de la construction et du format cette longue nouvelle – à moins qu’il s’agisse d’un bref roman, en tout cas composé de très courts chapitres.

De même, si l’écriture est fluide, on pourrait trouver qu’elle coule un peu trop. Tout cela est beau mais un peu léger, à l’image de la soie, tissu certes sensuel et parfait pour les arabesques et les voiles d’une danseuse, mais qui n’offre guère de tenue par lui-même et nécessite un support dont il épouse les formes. « Nous sommes tous merveilleux, et nous sommes tous répugnants », dit Joncour à un anonyme (p. 90) : en termes de concepts, ce n’est guère robuste.

L’ouvrage d’Alessandro Baricco pourrait faire penser à du Yourcenar, voire à du Borges, mais les Nouvelles orientales sont un peu plus consistantes, et les fictions de l’Argentin ont une dimension métaphysique absente de Soie, à cause notamment d’un goût pour le détail marquant qui limite la portée de l’ensemble : Alessandro Baricco brode beaucoup, et ce n’est sans doute pas un hasard si son récit souvent passe et repasse par les mêmes points.

Alcofribas
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le 5 avr. 2026

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