La pensée est définie, depuis Platon, comme le dialogue de l'âme avec elle-même. C'est donc ce genre de dialogue que propose Augustin avec ses Soliloques, la discussion de lui-même avec sa raison. Une discussion qui, forcément, manque parfois de vie malgré les efforts littéraires pour animer l'échange. Le genre le limite forcément mais se révèle également intéressant par l'aspect dépouillé de certains passages. On regrettera justement que cela ne soit pas poussé jusqu'au bout : était-il encore nécessaire d'avoir du style quand l'âme se parle à elle-même ?
Dans ce texte assez court, Augustin va s'interroger sur la recherche de Dieu et de son âme. Il va d'abord montrer que c'est cette recherche qui doit être effectué et que c'est en elle que le salut de l'homme se trouve. Nous avons donc une critique des biens temporels. Dans le même temps, Augustin critique le stoïcisme et l'académisme. Il faut attendre le second livre des Soliloques pour voir se développer la recherche de la vérité, médiateur de la recherche vers Dieu.
On appréciera l'ambiance très platonicienne du texte, ultra-présente par ses exemples, par la valorisation mathématique notamment. On regrettera cependant que le discours se concentre sur la vérité comme médiateur et oublie presque de parler plus explicitement du lien Dieu-Vérité. Enfin la démonstration de l'immortalité de l'âme laisse un grand doute. Sujet central, s'il en est, on ne peut que remarquer qu'Augustin ne nous livre pas ici sa plus belle démonstration.
Nous avons donc un texte rapide et clair, malgré quelques passages difficiles, qui aurait peut être gagné à voir l'aridité être plus présente et la longueur s'imposer également, pour former un texte absolu et non une conversation de l'âme avec elle-même, s'imposant ainsi sa propre limite. Mais par sa forme même, le texte reste une source profonde de réflexion.