Avec ce recueil Jean Giono nous entraîne dans les tréfonds de la misère de notre condition humaine, lorsque les élans d'humanité nous isolent encore plus de nos semblables, c'est là un véritable drame et aussi à une prise de conscience que nous invite l'auteur. On retrouve la Nature avec un grand "N" comme acteur dans ces récits, avec sa présence grandiose, immuable, majestueuse, triomphante de nos petits décors de vie et de nos petites actions si humaines. Trois textes ressortent pour moi de ce recueil qui comporte bon nombre de nouvelles très courtes couvrant trois à quatre pages au maximum. Deux nouvelles longues emportent un fort émoi et un intérêt quasi-mystique (elle n'en ont cependant pas le monopole, d'autres très courts récits ont aussi un fort impact émotionnel) mais aussi un intérêt littéraire ou historique certain : d'abord "Prélude de Pan" qui est une véritable introduction à la trilogie de Pan écrite à peu près à la même époque, on assiste ici à un déferlement cataclysmique et cathartique -mais non destructeur- d'une Nature animale et vengeresse sur les comportements humains qui l'agressent... Certains passages sont même dérangeants, le passage d'un être énigmatique et secret dont on ne sait s'il s'agit d'un humain ou d'une présence surnaturelle ne fait qu'amplifier cette impression de malaise laissée par le bilan orgiaque décrit dans les dernières lignes, tout en donnant l'envie d'en savoir plus...Pour moi "Colline", premier opus de la trilogie, constitue la suite logique de cette lecture...
La deuxième nouvelle qui emporte un intérêt tout à la fois humain, historique, et mystique aussi, et celle relative à l'expérience de son auteur durant la première guerre mondiale sur le front en Champagne, "Ivan Ivanovitch Kossiakov", j'ai lu quelques lignes de cette nouvelle en librairie, c'est elle qui m'a donné envie d'acheter ce recueil, j'ai tout de suite perçu une fin dramatique mais j'étais loin de me douter d'un récit aussi poignant, à signaler ici qu'un reportage a aussi été fait sur cet épisode vécu par l'auteur, disponible sur France 3 région (on le trouve facilement sur le net, je déconseille de le voir avant d'avoir lu la nouvelle). Les liens humains qui se nouent dans l'adversité possèdent une force et un impact sans équivalent dans une vie, ce récit en est une unique et magistrale preuve vivante.
Enfin, la dernière nouvelle du recueil est une bonne introduction à un autre grand roman de cet auteur, elle en porte d'ailleurs le titre "Le chant du monde".
Toutes les autres nouvelles n'ont pas un impact émotionnel équivalent mais toute marquent l'isolement éprouvé par ce sentiment de pitié, de compassion, cité dans le titre du recueil qui reprend celui de la première nouvelle du recueil.
Romancier, nouvelliste, essayiste, Giono était à cette époque encore au début de sa vie d'écrivain, mais déjà entré de plain pied dans la cour des Grands. Avec ce recueil inoubliable et magnifique, on est en tout cas bien loin des adaptations un peu faciles des premières oeuvres qu'en a fait un peu plus tard un certain Pagnol, ...mais c'est là une autre histoire.