Al Pacino ne ment pas. Jusqu'aux plus anciens souvenirs de sa prime enfance trouvent des retombées dans les rôles qu'il a joué. Le flingue à la ceinture du policier de Heat : c'était son père, avant qu'il ne les abandonne. La tentative de suicide de sa mère : une réminiscence du brancard de la scène finale d'Un après-midi de chien. Il a vécu à la dure et y voit l'origine de son talent, selon le mot de Lee Strasberg, pape de l'Actor Studio : "un brin d'herbe poussant entre deux plaques de béton". Généreux en anecdotes, sur le fil du misérabilisme et de la nostalgie, sans jamais tomber dans l'un ni dans l'autre, c'est la verve de l'acteur de Looking for Richard, son intelligence vive, sa mémoire sans concession.
Jouer la comédie, je ne prenais pas ça très au sérieux - pour moi, c'était juste l'occasion de faire le pitre, de canaliser mon énergie, et surtout de ne pas aller en cours. Je ne sais pas trop comment mais je me suis retrouvé affublé de la réputation de l'élève incontournable pour jouer dans ces pièces de théâtre scolaires. J'imagine que je ne devais pas être trop mauvais sur les planches, vu qu'un jour un gars est venu me voir après un spectacle et m'a dit : « Hé, gamin, tu es le prochain Marlon Brando!» Je l'ai regardé et j'ai répondu : « C'est qui, Marlon Brando?»