« Qui parle de triompher ? L’important, c’est de survivre » (Al Pacino)

Voilà enfin les mémoires de Pacino, il y pensait depuis longtemps. J’ai eu la chance d’assister à une soirée avec lui l’année dernière, un exercice qu’il aime particulièrement et qu’il évoque dans ce livre : il aime le contact avec le public et répondre aux questions qui lui sont posées mais c’est aussi un moyen de gagner sa vie aujourd’hui, alors que les rôles qu’on lui propose deviennent plus rares avec le temps. Il nous avait raconté quelques-unes des anecdotes que l’on trouve dans le livre avec des extraits choisis de sa filmographie : le rôle central de sa grand-mère dans son enfance, la place essentielle de ses copains (il est le seul à avoir survécu, tous les autres sont morts à cause de la drogue), les tournages de ses plus grands films dont, bien sûr, « La Parrain » qui a totalement changé sa vie. Et surtout, ce qu’on retient, et il avait insisté là-dessus, c’est sa passion de la langue et du théâtre, à commencer par Shakespeare mais aussi Oscar Wilde (il nous avait lu pour finir la soirée un extrait de «La Ballade de la geôle de Reading »). A 84 ans sa passion reste intacte et revient dans presque tous les chapitres, comme si le cinéma n’avait été dans sa vie qu’un heureux accident, un moyen de toucher beaucoup plus de gens (et de bien mieux gagner sa vie, ne nous mentons pas). Un de ses grands projets a été « Looking for Richard », une réflexion inclassable sur « Richard III » et plus généralement sur Shakespeare aujourd’hui et le théâtre, ni un documentaire, ni une adaptation de la pièce. J’ai adoré ce film mais il a été un gros échec commercial, peu importe.

Sa carrière a été faite de hauts (voire très hauts) mais aussi de périodes moins glorieuses, comme le « trou » dans sa carrière cinématographique entre la fin des années 70 et la fin des années 80, quand il pensait tout arrêter pour se consacrer uniquement au théâtre. C’est « Le Parrain 3 » qui l’a remis en selle et pourtant, il ne semble pas avoir gardé un bon souvenir de ce film, il s’y étend très peu…Et puis dans les années 2000, il se retrouve ruiné par un comptable escroc, lui ayant fait naïvement confiance. Il se retrouve donc obligé pour se renflouer d’accepter toutes les propositions de films qui se présentent ou presque et même une pub pour du café…Heureusement, il évoque les grosses productions auxquelles il a eu depuis la chance de participer, d’excellents films très différents les uns des autres (« Il était une fois à Hollywood » de Tarantino, « The Irishman » de Scorsese et « House of Gucci » de Ridley Scott). Un acteur passionnant, toujours guidé par son instinct mais jamais là où on l’attend (il a joué Phil Spector et le Diable !!!). Preuve qu’il n’oublie pas ses racines, le livre commence et s’achève dans le South Bronx le quartier populaire de New York dont il est originaire. J’aurais juste aimé un peu plus de moments fantaisistes comme quand il rêve qu’il rencontre et discute avec Bertolt Brecht…sur une balançoire ! On sent aussi qu’il veut raconter son histoire à ses enfants, s’interrogeant sur le temps, la mort et ce qu’on laisse, alors qu’il le dit avec lucidité : « D’accord, ne nous voilons pas la face, je suis un homme dont les jours sont comptés ». Espérons qu’il lui reste encore quelques beaux rôles à interpréter d’ici là. A lire pour tous les amoureux et amoureuses du cinéma et de théâtre aussi.

JOE-ROBERTS
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le 18 janv. 2025

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