"L'enfant veut une vague salée, le sable". Ces mots de Colette, Chantal Thomas les a choisis en guise d'épigraphe à ses Souvenirs de la marée basse. Ils rappellent la description amoureuse dressée par l'auteur d'un paysage marin, description pétrie d'un imaginaire enfantin et poétique qui laisse rêveur. C'est un peu par hasard que j'ai mis la main sur ce livre dont les thèmes me sont pourtant chers et font écho à mes propres souvenirs d'un passé en été. J'ai envie de revenir sur cette lecture dans laquelle je me suis laissée immerger et qui m'a transportée sur les rivages d'Arcachon.
Chantal Thomas retrace donc les contours d'une enfance estivale, bercée par les marées de la mer et les humeurs de la mère. Elle mêle ainsi le portrait d'une nageuse ambitieuse au destin monotone de femme au foyer à celui d'une région dont les plages ont été la toile de fond d'une succession d'événements familiaux, le décor d'une quotidienneté insignifiante. Car le lien familial se noue à la plage, cette dernière est le dénominateur commun d'une relation pas toujours évidente entre deux êtres tour à tour semblables et différents. J'ai trouvé très belle la façon dont Chantal Thomas peint les lieux comme les vecteurs d'une liberté et d'une sérénité singulières que connaissent ceux qui vivent près des côtes et savent jouir du paysage. La mer est célébrée, et, à travers elle, la richesse que les protagonistes y trouvent en ne faisant qu'un avec. On se cherche dans les vagues, et c'est les pieds dans le sable qu'on découvre un certain rapport au corps, aux autres, au monde.
Au fil d'un récit dans le temps, à travers les époques, la voix sincère et touchante de l'auteur livre l'intimité d'une femme dans son rapport à la mer et celle d'une fille dans son rapport à la mère. Le charme d'une écriture subtile et imagée opère : juste et prenante, bouleversante par moments, elle épouse fidèlement le rythme d'existences entre arrêt et mouvement, proximité et éloignement, pérennité et changement.