Après avoir découvert le très bon film d'Audrey Estrougo ("Suprêmes") et l'excellente mini-série diffusée sur Arte ("Le monde de demain"), je craignais un peu l'overdose NTM en entamant ce bouquin autobiographique, rédigé avec la collaboration d'Olivier Cachin, journaliste historique du mouvement hip hop en France.
Finalement ce ne fut pas le cas, et j'ai lu le livre avec plaisir, enquillant les chapitres rapidement en l'espace de trois-quatre jours. Il faut dire que le film et la série se concentraient sur l'émergence et les débuts du duo mythique, tandis que le bouquin couvre l'ensemble de leur carrière.
Il s'agit de témoignage successifs signés Bruno Lopes et Didier Morville, chacun revenant tour à tour sur tel aspect de leur parcours. On comprend que la collégialité n'est pas le maître-mot du projet (euphémisme!), puisque Cachin a rencontré les deux rappeurs séparément.
Le journaliste a choisi de conserver l'oralité de leurs témoignages, un parti-pris qui perturbe un peu la lecture au départ, mais qui finit par se révéler pertinent, conférant à chaque récit un surplus d'authenticité. Disons que ça reste un peu gênant lorsque Joey Starr s'exprime (avec force disgressions), la rigueur du raisonnement n'étant pas sa qualité première...
L'un des intérêts majeurs du livre se situe justement dans la différence de point de vue entre les deux membres fondateurs, tout au long de la trajectoire du groupe NTM. On comprend ainsi que dès la fin du 2ème album, la belle histoire d'amitié a cédé la place à une collaboration artistique et surtout commerciale, chacun travaillant de son côté avec des entourages très différents. En gros, Shen gère tout le travail préparatoire en studio et les rapports avec la maison de disque, Starr ne le rejoignant sur scène que pour les tournées (et bien sûr pour poser brièvement ses couplets en studio).
Les amateurs d'anecdotes croustillantes y trouveront également leur compte, puisque certaines questions polémiques sont abordées dans le livre, telle que l'affaire dite de "l'hôtesse de l'air".
Au passage, le Jaguar Gorgone n'oublie pas de distribuer quelques coups de griffes, à l'image de son portrait au vitriol de Sébastien Farran, ancien manager du groupe.
C'est d'ailleurs le principal bémol de ces "mémoires" : on ne sent guère de remise en question de la part des deux compères. S'ils se balancent mutuellement quelques tacles, aucun ne semble prêt à reconnaître d'erreurs ni même de regrets, ce qui tempère quelque peu la sincérité apparente de ces confidences.