Tau Zero
7.1
Tau Zero

livre de Poul Anderson (1970)

Au XXIIIe siècle, un vaisseau spatial quitte la Terre avec cinquante astronautes à bord, hommes et femmes. Sa destination : l’étoile Beta Virginis, à trente-deux années-lumière de distance. Sa mission : trouver une planète habitable qu’ils devront coloniser. Mais tout ne se passe pas comme prévu, et leur voyage risque bien de les emmener vers une destination plus lointaine…


Tau zéro est un roman de space opera et hard science assez court (un peu moins de 300 pages). Il se compose de deux grands thèmes. Le premier consiste à observer les actions et les évolutions de 50 hommes et femmes enfermés dans un vaisseau spatial pendant plusieurs années. Le second aborde les conséquences relativistes du voyage spatial à une vitesse proche de celle de la lumière.


Le traitement des personnages n’est pas mauvais, même si on peut regretter que le premier tiers du roman ressemble un peu à une version Lost in Space des Feux de l’Amour : les couples se font et se défont de manière un peu superficielle, sans vraiment de lien avec le contexte de ce voyage si particulier. Par la suite, heureusement, les caractères et les relations se font plus fins, plus variés, moins figés aussi, en parallèle avec les bouleversements qui affectent les plans d’origine.


Le voyage proprement dit nécessite de passer outre la déception et la frustration qui naissent progressivement : non, ce vaisseau ne va pas découvrir une planète mystérieuse, peuplée de formes de vie fascinantes et inquiétantes. Les colons ne vont pas non plus constater que des événements étranges se produisent dans les conduits d’aération, et aucun croiseur stellaire d’une race inconnue n’entrera en contact avec eux. Par contre, il va se produire un accident, qui va pousser l’équipage à prendre une série de décisions difficiles. Nous ne sommes pas ici en présence d’une adaptation bancale du vol d’Apollo 13. Le problème n’est pas de réparer les dégâts pour retourner sur Terre, mais de pousser au maximum l’accélération pour sortir de la galaxie.


C’est là que se joue la partie hard science. Le facteur Tau tend vers zéro quand la vitesse se rapproche de celle de la lumière. Au plus ce facteur Tau tend vers zéro, au plus le temps qui s’écoule dans le vaisseau ralentit relativement au temps d’un observateur extérieur ou au temps qui s’écoule sur Terre. Cela devrait permettre au vaisseau de parcourir des distances gigantesques, y compris à l’échelle intergalactique, pendant que ses passagers ne vieillissent que de quelques mois, voire quelques années. Mais cela implique qu’on laisse définitivement derrière soi tout l’univers connu…


La seconde moitié du roman mêle adroitement les évolutions au sein de l’équipage et les implications du facteur Tau. En ce sens, ce livre est une belle réussite, même si on peut regretter qu’il ne se passe pas grand chose au cours des cent premières pages. De plus, si son nombre de pages peu élevé lui permet de conserver un bon rythme sans s’appesantir sur certains éléments secondaires, il l’empêche également de développer ses personnages et leurs relations, et d’éventuels développements du voyage qui auraient pu s’avérer passionnants.


Au-delà des quelques réserves qui empêchent ce roman d’entrer dans la catégorie des chefs d’oeuvre, il est très difficile de le lâcher dans les cent dernières pages. C’est un véritable beau space opera, soutenu par un concept solide dont la logique est poussée jusque dans ses derniers retranchements. Et côté hard science, on est servi ! L’édition Pocket SF contient d’ailleurs une postface de l’astrophysicien Roland Lehoucq, qui aborde toutes les facettes scientifiques du récit, et qui en souligne la remarquable cohérence, particulièrement pour un roman publié en 1970.


Tau zéro est le roman le plus connu de Poul Anderson, considéré comme un auteur majeur aux Etats-Unis. Il a remporté 7 prix Hugo pour des nouvelles ou des novellas, et ses romans ont été nominés 7 fois pour le prix du meilleur roman, sans jamais le remporter. C’est notamment le cas pour Tau zéro. De nombreux auteurs américains ont rendu hommage à Anderson, dont Robert Heinlein et Philip K. Dick. Roland Emmerich a réalisé une adaptation cinématographique de son roman Les Croisés du Cosmos, sous le nom Les Croisés de l’espace, qui semble plutôt dispensable. Pour illustrer l’aura de l’auteur et de ce roman en particulier outre-Atlantique, on signalera également que des ingénieurs de la NASA ont créé en 2002 la Tau Zero Foundation, dédiée au voyage interstellaire, après que l’agence ait mis fin au programme Breakthrough Propulsion Physics Program. Poul Anderson est décédé en 2001. Sa fille est mariée à l’auteur Greg Bear.


https://olidupsite.wordpress.com/2019/01/23/tau-zero-poul-anderson/

OliDup
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le 23 janv. 2019

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