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Critique de Ténèbre par Charybde2
Dans l’ombre subtile de Joseph Conrad, au cœur de la ténèbre coloniale du Congo de Léopold, un extraordinaire démantèlement amoureux et métaphorique. Sur le blog Charybde 27 :...
le 31 mai 2020
Vous avez lu "Au cœur des ténèbres" de Conrad ? Cette petite nouvelle adaptée (mais transformée) par Coppola pour réaliser Apocalypse Now ? D'ailleurs, dans la première partie du livre, on croise Joseph Conrad himself dans son propre rôle de capitaine naviguant sur le fleuve Congo.
Tenebre est un roman puissant, une sorte de litanie hallucinée, traversée de pulsions humaines oscillant entre l'amour et la haine. Dans un pays qui subit l'assaut et le démantèlement des débuts de la mondialisation, avec des européens pour la plupart racistes, avides de richesse et de sexe, humiliant et torturant les tribus rencontrées, un jeune géomètre belge est chargé de tracer les frontières de cette possession personnelle au Roi Léopold. L'enjeu est de taille car les Français et les Anglais sont aussi dans la hâte de se tailler une grosse part du gâteau africain suite à la conférence de Berlin. Pierre Claes va donc commencer un périple qui va le mener vers sa mort.
Quête des amours impossibles, quête du père, du fils, volonté de se batte contre l'envahisseur ou au contraire de le subir sans pouvoir réagir ; Tenebre est un chaos qui pourtant suit un fil invisible, une sorte de karma que chaque personnage porte en lui, à l'image de Xi Xiao, ce tatoueur chinois venu s'égarer en Afrique persuadé d'y trouver l'amour de sa vie. Maître tatoueur également maitre en lingchi, l'art de la découpe des corps pratiqué en Chine jusqu'en 1904, date de son interdiction. Le personnage de Xi Xiao fait penser au Kurtz de Conrad, quand Pierre Claes rappelle celui de Marlow. Leur destin est lié, leur folie aussi. Ténèbre n'est-il donc qu'une version hard-core de "Au coeur des Ténèbres" ? On peut le voir ainsi, on peut en voir aussi une version parallèle.
Un récit sulfureux, remplis de phrases poétiques, mais d'un poète qui serait resté sous acide un certain temps. On peut ne pas accrocher à ce type de récit, mais si on plonge dedans, c'est à la fois superbe et repoussant. Là ou Conrad finissait sa nouvelle par le mot "horreur, horreur", Kawczak le clos par "ténèbre". Un livre étrange, mais surprenant qui détonne dans la production littéraire actuelle. On y lit le destin funeste de l'Afrique, mais aussi la décadence de l'Europe, notamment à travers Verlaine et Baudelaire que l'on croise à l'occasion des réminiscences d'un des personnages. Cette Europe qui se conduisait alors avec une cruauté hors-du-commun, ces hommes blancs n'ayant rien à faire sur ce continent dont ils ne comprenaient rien. Un livre puissant.
Créée
le 15 févr. 2022
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