J'ai réalisé que j'avais tant de choses à dire sur Terreur que j'avais meilleur temps d'étayer un peu mes propos pour en faire une critique plutôt que de juste les écrire en commentaires pour accompagner ma note comme je l'avais prévu, même si cette critique ne devait servir qu'à moi. Quoiqu'en espérant qu'elle puisse intéresser d'autres.
Déjà, la première chose qui vient à l'esprit en parlant de Terreur, c'est le nombre incroyable de recherches qu'a fait Dan Simmons. Il suffit de regarder sa bibliographie, citant environ 3 pages de sources en tous genres, pour se faire une idée. Les noms des membres d'équipage, le langage inuit, etc. En fait, par moments, ces recherches semblent même trop évidentes, comme si Dan Simmons avait un surplus d'informations dont il ne savait que faire mais qu'il souhaitait absolument placer dans son roman.
Et ce surplus d'informations, je le trouve assez symptomatique de la narration de Dan Simmons dans Terreur. Il me semble qu'il y a beaucoup de lourdeurs (et répétitions) complètement inutiles dans sa narration. Notamment, à un certain stade, un récapitulatif tous les 2-3 chapitres de tous les membres d'équipage morts, y compris ceux déjà cités une bonne demi-douzaine de fois depuis 400 pages, et rappelant une énième fois les circonstances de la ladite mort, sa date, le grade du défunt etc. Et également un récapitulatif de la plupart des survivants, même si, honnêtement, je n'y ai vu aucune utilité, surtout que la plupart de ces noms ne nous sont pas du tout familiers.
Ou encore les longues citations bibliques, ou cette tendance qu'a Simmons de nous rappeler fréquemment le nom complet de Corzier, Francis Rawdon Moira Crozier, même si souvent ça ne sonne pas du tout naturel dans le récit. Bien sûr, ce n'est qu'un micro-détail insignifiant, mais c'est l'accumulation de ce genre de micro-détails qui m'a donné cette impression de lourdeur dans la narration... jusque dans les scènes d'action, pourtant censées être intenses et tendues.
Je pense notamment à une scène où un officier du Terror est attaqué par la créature des glaces sur le navire, et où l'abondance de détails détruit complètement la tension. Est-ce qu'une scène où on doit s'inquiéter de la survie d'un personnage est le bon moment pour faire de longues descriptions ? Pis, de raconter de lointains flashbacks (inutiles à l'histoire) longs de plusieurs paragraphes ? Alors que le mec est en train de se démener à grimper aux mâts gelés pour échapper à la créature qui grimpe derrière lui. Pourquoi raconter maintenant un flashback qui brise complètement le rythme ?? Alors que la scène aurait pu être absolument épique.
D'autant plus dommage que d'autres scènes d'horreur jouant davantage sur la subtilité sont vraiment géniales et font partie des rares textes d'horreur à avoir réussi à me faire frissonner, ce qui prouve bien que Simmons maîtrise absolument ces ressorts horrifiques.
(Je ne parlerai pas des superbes descriptions arctiques ni de l'imaginaire de Dan Simmons, puisque je n'ai rien d'autre à en dire que "c'est superbe".)
Par contre, pour ce qui est des personnages, je suis un peu plus mitigé. Certains sont complètement réussis et attachants (dont heureusement notre protagoniste), d'autres sont tout simplement ratés.
Et les antagonistes (ou L'antagoniste, au moins) sont un de mes plus gros problèmes avec cette œuvre. Outre la profonde homophobie qu'exprime Simmons et ses constants jugements de valeur sur ses propres personnages, l'antagoniste n'est qu'un grossier archétype méchant pour être méchant. Qui en plus repoussera au second plan la génialissime créature des glaces sur les 300-400 dernières pages, pour devenir lui-même la menace principale. Sauf que ce personnage et son groupe, ils ne sont pas du tout inquiétants (comment craindre un personnage que le narrateur appelle "le gigantesque idiot"?), ils sont pathétiques et ridicules, presque grand-guignolesques, et on devine que Simmons les déteste bien trop pour les laisser gagner.
J'ai également trouvé d'un goût douteux la façon dont Simmons fait ses révélations finales, comme s'il avait fait la liste des questions sans réponse de son œuvre pour finalement décider de les expliquer sur une quinzaine de pages. Et quand je dis expliquer, je dis bien littéralement expliquer, lui, le narrateur. Pas les personnages, pas les dialogues, pas l'action, non, le narrateur, d'un coup, sans prévenir.
Bref, bien dommage ces défauts qui personnellement m'ont un peu freiné, car l'histoire est en soi très intéressante et souvent magnifiquement immersive.
Sur ceux, je vous laisse sur ce chef-d'œuvre :
Tu peux lui enlever ces balles? (Au chirurgien)
Non, Cornelius, gémit Magnus. Je veux pas être châtré.
J'ai dit "balles", chéri, pas "balloches".
Trop flippants les méchants.