Elle a publié son premier roman à l’âge de 22 ans. Elle a concrétisé ses études avec sa passion, et nous a livrés probablement un des meilleurs romans fantasy de ces dernières années.
« The Poppy War » démarre tel un roman fantasy somme toute classique. Une protagoniste tente d’échapper à un mariage forcé et une perspective de vie peu affreuse en s’entraînant pour accéder à une prestigieuse académie militaire. L’on se dit alors qu’il s’agit d’un dépassement de soi, de surmonter des défis, d’autant plus qu’elle fait preuve de détermination et d’opiniâtreté. Mais le récit aborde un virage dramatique dès son deuxième tiers pour nous présenter toute autre chose.
La comparaison avec « Game of Thrones » est toujours un peu facile. Qu’on apprécie ou non cette approche, l’inspiration avec des pays historiques est ici fortement marqué. D’une part l’empire de Ninkara ressemble fortement à la Chine, territoire immense ayant unifié des provinces distinctes, et dont le traitement de ses minorités laisse à désirer. La fédération de Mugen fait écho à l’Empire du Japon et aux atrocités commises par ce régime. L’on ressent directement les connaissances énormes de l’autrice, et de la manière dont elle dépeint et nous présente ces pays aux multiples facettes. Ce choix permet d’ancrer les événements dans un réalisme glaçant, même pour quelqu’un comme moi qui connais juste en surface l’histoire de ces pays. Rien ne nous est épargné : génocides, expérimentations humaines, racisme, mépris de classe, viols. Un récit de fantasy militaire qui prend aux tripes, exigeant un cœur accroché pour endurer les événements.
Parlant de fantasy, hormis l’apparent « réalisme » de ce récit, des éléments magiques apportent une substance supplémentaire, une couche supplémentaire à la richesse de cet univers. Chamans, dieux omniscients et autres pouvoirs de feu nous immergent d’autant plus et prouvent les possibilités immenses qu’a la fantasy de nous évader tout en traitant métaphoriquement de nos propres réalités.
Ce roman possède aussi une galerie certes réduite de personnages bien trempés. Si l’impératrice occupe (pour l’instant) un rôle mineur, j’ai surtout marqué par le mentor Jiang, dont la philosophie s’accorde avec les thématiques du récit, et Altan, « outsider » et commandant aux multiples facettes. Au centre des événements, Rin se méprend d’abord à une adolescente déterminée avant d’évoluer fortement au cours du récit. C’est bien simple : à elle seule, elle illustre combien la guerre change les gens, et pas pour le meilleur, puisqu’elle est méconnaissable à la fin du roman.
L’histoire se targue aussi de nombreux rebondissements. Des dilemmes le jalonnent, d’autant plus horribles qu’elles sont merveilleusement décrites, avec une emphase sur les stratégies. Ici, point de charges épiques au lieu de quoi les horreurs sont dépeintes jusque dans leurs moindres détails.
Probablement une de mes plus grosses claques de ces derniers temps.