Hier, j’ai eu la chance d’assister à la performance de Benjamin Kahn à L’Usine C : « Bless the sound that saved a witch like me ». Une pièce dansée qui débute par ces mots : « J’aimerais vous partager un cri » suivis quelques minutes plus tard de trois longs cris profonds, primaux.
Sati Veyrunes, la danseuse, se met alors à parcourir la scène en tournoyant avant d’entrer dans une transe brutale, saccadée avec en fond une nappe sonore de plus en plus forte et de plus en plus intense. Elle danse, se tord, se dénude, pousse des cris, répète qu’il nous faut de nouveaux cris pour sortir du script de la réalité. Puis elle s’arrête, haletante.
Je suis à vif.
Elle s’assoit alors sur une caisse, avale une gorgée d’eau avant de partir d’un rire léger. Soulagée ? Soulagée d’un cri. Elle se tourne alors vers nous : « Are you okay? ».
J’ai lu et reçu le livre de Lucile de Pesloüan comme ce long cri primal. À la poésie du mouvement s’est substituée celle des mots, à la saccade, celle des phrases crues, chirurgicales, pour dire l’inceste.
« je m’emporte
je serais capable de mordre
la meute était tapie
mais c’est avec encore toute sa violence
qu’elle reprend vie.
la colère monte en moi
je suis en haut d’un volcan
je suis un volcan
je suis prête à décharger la lave
je suis prête à tirer à bout portant »
On a besoin de nouveaux cris pour déscripter le monde. On a besoin de la poésie incandescente de Lucile de Pesloüan.
Et je ne sais pas si je suis « okay », je ne sais pas si Lucile a ri de s’être soulagée de son cri, mais la lecture de ces quelques pages, de ces quelques mots, a ajouté un peu de vérité et d’envie de tout brûler pour mieux recommencer.