Aîné des trois grands tragiques Grecs, Eschyle se distingue de ses pairs par son style grave et solennel, limite pieux, qui met beaucoup en lumière les dieux et leur impitoyable usage de leur omnipotence, et ce qui en ressort, ce sont les sorts horribles réservés par ceux-ci à ceux qui leur désobéissent, vont contre leur volonté. Eschyle émet comme une mise en garde envers ceux qui voudraient sortir du rang, se marginaliser des lois divines.
Prométhée est condamné au supplice que l’on connaît tous parce qu’il leur a désobéi en donnant le feu aux humains dans Prométhée enchaîné, Xerxès est puni pour son hybris qui l’a poussé à attaquer les Grecs dans Les Perses, l’avidité d’Étéocle et son ambition personnelle sont condamnées par la mort de celui-ci par son frère Polynice qui en mourra aussi dans Les Sept contre Thèbes, Les Danaïdes qui refusent l’inceste reçoivent également les foudres des dieux ! Bref, tout ce qui dévie des lois divines et bouscule l’ordre établi par Gaïa depuis la Théogonie est lourdement sanctionné. C’est du classicisme barbarbe avant l’heure, allant jusqu’à fouler aux pieds la morale en justifiant des ignominies comme l’inceste !
Les hommes, bien que tourmentés et ayant de bonnes raisons de l’être, n’échappent pas aux lois des dieux, horlogers pragmatiques s’occupant à faire tourner les aiguilles en dépit des sentiments et souffrances humaines. Ce rapport aux sentiments des hommes est ce qui nous permet de nous identifier à ces textes antiques, car les douleurs de l’âme, exprimées via l’art par la catharsis chère à Aristote, sont restées intactes en plus de deux mille ans.
Craignez la terreur des dieux, vous les simples mortels ! C’est cruel et sans pitié, là où réside une certaine beauté de la vie.