Il y a des formes qui restent, des formes qui partent, et d’autres qui dégagent carrément. Qu’est-ce que c’est que cette histoire de NouveauRoman ?
Il y a un type qui a déjà écrit un pamphlet : Raymond Picard. Alors je ne vais pas trop m’étaler, d’abord parce que je suis sûr qu’il a dû mieux s’infliger ces lectures que moi et qu’il a pris le temps de mieux faire l’état des lieux. J’ai deux ou trois trucs à écrire et à dire, alors je le fais, et puis je me casse. Un peu. Parce qu’il y a quand même quelque chose qu’il ne faut pas perdre de vue : le roman.
Le roman, l’ancien roman, le roman autobiographique, le biographique, le roman de science-fiction, le roman-essai, le roman initiatique, le thriller, le polar, le roman-poème, l’ancien roman, le très ancien roman… et tout d’un coup débarque le Nouveau Roman.
Très bien. Soit. J’ajouterai une étiquette sur la bibliothèque, un rayon dédié pour ces nouveaux romans qui ont presque cent ans. Ils sont nouveaux. Aussi rances que la Renaissance, cette belle appellation qui vient réveiller les vomis et les pestes du Moyen Âge. Elle vient enfin asseoir un semblant de progrès dans cette décrépitude de vie barbare et humaine post-antiquité.
Je n’ai vraiment pas grand-chose à dire ou à penser de ce truc qu’est le Nouveau Roman. Mais difficile de ne pas voir quelque chose de très net, et pourtant imperceptible : le Nouveau Roman disparaît. Et tant mieux. Il aura peut-être influencé, sûrement, oui. Mais il y a une certaine idée de ce que sont l’histoire, les personnages, le style, qui m’échappe.
Alors oui, oui, c’est stimulant. Ça, oui ! Très stimulant. Parce qu’il n’y a pas d’histoire, pas de personnages, pas d’intrigue ; il y a des phrases. Alors on essaye de comprendre, on voit l’ombre d’un truc et on se sent presque intelligent. Mais il demeure que, derrière la forme absconse de ces romans, il n’y a pas grand-chose.
Force est de constater que l’émergence de formes diverses ne fait que prouver que les codes et les règles peuvent nourrir l’intérêt de l’écriture et de la lecture. Mais là où je trouve de la malice chez certains oulipiens et une grande habileté littéraire, je trouve des types comme Butor, Robbe-Grillet ou Sarraute trop sérieux. Cette posture m’emmerde au plus haut point, et les écrits de ces gens méritent de crever dans l’oubli.
Qu'ils disparaissent tous ces auteurices. Dans l'oubli, ou dans un léger sommeil, peut-être qu'après tout cela remontera à la surface, et on s'émerveillera de nouveau face à ces textes.
Je me rappelle d'une citation de Houellebecq pensant à Schopenhauer :
« La première condition d’un bon style, c’est d’avoir quelque chose à dire. »
et une seconde citation de Georges Perec que j'affectionne particulièrement et qui, comme les auteurices du Nouveau Roman, s'amusent avec les contraintes sans se priver d’écrire de vrais romans :
« L’écriture est une aventure du regard et du langage. »
Et c’est peut-être là que je me trouve quelque part, parce qu’au moins chez les oulipiens, il y a de l’humour, et de l’humour, il n’y a pas à dire, c’est aussi un vrai carburant pour le genre romanesque et je crois, pour l’art en général. Toutes les grandes œuvres ont de l’humour, du cinéma à la peinture. Si, si je vous assure, si vous ne me croyez pas c’est que vous n’avez pas assez bien regardé.
Der Stil ist die Physiognomie des Geistes.