Décidément , j'aime vraiment ce que fait Iain Levison. J'avais été déjà sérieusement bluffé par "Les tribulations d'un précaire" et par son "Un petit boulot" et c'est avec plaisir que j'ai découvert ce petit polar a-typique. J'y ai retrouvé cette critique sociale et radicale qui fait le charme des deux ouvrages cités plus haut et la trame policière, un peu mollassonne par moment, n'est quand même pas mal du tout. Si Michael Moore écrivait des polars, ce serait un peu du Levison, je crois.


"Une canaille et demi" (j'aime pas ce titre , le "Dog eats dog" anglais est bien plus mordant... ) est une confrontation entre deux mondes et deux intelligences: l'intelligence du voleur de banques, en rébellion contre une société hypocrite et qui préfère se frotter à la loi plutôt que de se coucher, et puis il y a la ruse de l'universitaire onctueux, celui qui franchit les limites sans avoir l'air d'y toucher et joue du système plutôt que de l'affronter. Les deux hommes sont en pleine faillite morale, mais de deux façons différentes. D'ailleurs le livre nous donne à voir des situations où des limites sont franchies, pas toujours pour les mauvaises raisons.


J'aime l'indignation que l'on lit dans les bouquins de Levison , j'aime qu'il aime son bandit de grand chemin, un type qui n'est pas du tout un robin des bois, mais à qui la société a donné toutes les raisons de ne pas jouer le jeu. Ce voleur nous livre un très bon questionnement du système bancaire, de l'argent dans notre société et en tire les conséquences. Je subodore que Levinson a visionné son "Zeitgeist". Son pragmatisme et sa franchise vont mettre en lumière toutes les compromissions opposées de l'historien respecté, un médiocre adoubé sans raison par la société mais en manque de reconnaissance plus tapageuse. (Un chapitre excellent sur le père de l'historien qui a lui aussi réussi sa vie sans lever le petit doigt :-) ). Levinson organise le contraste frappant entre un voleur " intègre" et un homme dont le manque d'empathie lui fait écrire des choses pas claires sur le nazisme...


Côté polar, le roman commence mieux qu'il ne finit (très bonne course poursuite au début) , car il manque d'énergie sur la fin. Mais qu'à cela ne tienne, on y retrouve un petit air de "Fargo" des frères Cohen, avec cette investigatrice du FBI, personnage complexe et très réussi qui flirte (littéralement) avec le crime.


J'ai beaucoup aimé ce roman, qui se lit vite et sans perte d’intérêt, sinon sans surprise excessive. La dernière phrase est à couper le souffle.... Lisez Levison, un auteur indigné et sympathique, vous ne le regretterez pas ! Auteur plus que recommandé!

nostromo
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le 2 avr. 2015

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nostromo

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