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Procès d'intentions
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Bahreïn, pour les amateurs de sport, n'est pas totalement une terra incognita, ne serait-ce que pour son Grand prix de Formule 1 ou encore ses athlètes qui, pour la majorité, viennent d'Afrique et ont été naturalisés contre espèces sonnantes et trébuchantes. Comme l'explique le journaliste espagnol Emilio Sanchez Mediavilla dans Une datcha dans le Golfe, le pays dépense beaucoup d'argent pour redorer son image, même si ses efforts semblent moins voyants que ceux du Qatar ou des Émirats arabes unis, par exemple. L'auteur a passé deux ans à Bahreïn, au côté de sa femme en mission professionnelle, et a essayé de comprendre le fonctionnement d'une contrée pas vraiment connue pour être un havre de liberté, même si elle est largement moins blâmable que ses puissants voisins, L'Iran et l'Arabie Saoudite. Avec sa forme de grand reportage, très documenté, Une datcha dans le Golfe pose la question de la vision occidentale des choses, inévitable, et dont l'auteur semble conscient, raison pour laquelle il donne très souvent la parole à des Bahreïniens, en particulier à ceux qui dénoncent les exactions du régime. Le livre revient très longuement sur les événements de 2011, le "printemps arabe" local, et insiste sur la domination sunnite et les pressions (euphémisme) subies par les chiites, ceux-ci représentant pourtant la majorité de la population. C'est d'une manière journalistique plus que littéraire que Sanchez Mediavilla trace un portrait très à charge d'un pays qu'il n'hésite pas in fine à comparer à l'Argentine de Videla. Des regrets tout de même pour cet ouvrage : que la partie allouée à ses impressions personnelles et à son quotidien ne soit pas plus développée et puis que la main d’œuvre asiatique (en vérité, des esclaves modernes), très nombreuse, n'apparaisse que comme personnage secondaire. Il est vrai que recueillir les témoignages de ces "invisibles" était difficile et sans aucun doute dangereux pour cet immigré temporaire qu'était Sanchez Mediavilla, au statut privilégié.
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le 11 mai 2022
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