- Édition lue : publiée en mars 1997 aux éditions Points. EAN : 9782020314312.
Résumé
Réécriture moderne et anticoloniale de la pièce de William Shakespeare.
Détails (et spoilers)
Tout en conservant la trame et les personnages centraux de l'œuvre originale, Aimé Césaire revisite ce classique pour en donner une lecture encore plus politique dans un contexte de lutte contre la colonisation. Les répliques sont assez claires et ne laissent pas de doute quant à la dénonciation du racisme des colons. De plus, Une tempête remobilise avec pertinence les situations de la pièce shakespearienne pour démontrer toute la perfidie de la "mission civilisatrice" coloniale.
Car si Prospero représente le maitre dominant qui tyrannise ses esclaves Ariel et Caliban, ses comparses nobles échoués complètent ce triste tableau d'un colonialisme à plusieurs visages, et même certaines nuances avec les domestiques Trinculo et Stephano. En miroir, les échanges entre Ariel et Caliban donneront à voir l'opposition des points de vue adoptés par deux opprimés, qui ne sera pas sans lien avec les approches idéologiques divergentes de penseurs de l'émancipation des Noir·es à l'époque de la publication du texte d'Aimé Césaire. Un rapprochement qui pourrait même être élargi aux débats au sein des mouvements de résistance à l'oppression au moment de choisir entre une approche radicale, révolutionnaire et souvent violente, ou au contraire d'opter pour une doctrine plus réformiste et pacifiste.
Bref, une belle réécriture politique qui n'a guère perdu de sa pertinence.
8,5/10