Le tome 2 était annonciateur d'une trame frisant avec le mystique. Les bandes sons d'Alex Bleach et ses délires sur les vibrations prennent tous leurs sens dans ce tome aux accents christiques dont l'auteure même s'en amuse.
Vernon et sa bande sont désormais des itinérants dont la vie marginales se soude autour des "Convergences" des drug-free parties pour les initiés où le DJ résident Vernon (et quelques autres techniciens du sons) parviennent à transcender les participants au rythme d'une mix dont lui seul à les secrets. Cependant l'état de grâce n'est pas éternel puisqu'un événement (assez anodin finalement) viendra faire exploser la dynamique et provoquer le départ de la pierre angulaire, le bien-nommé Vernon Subutex.
En toile de fond, Dopalet, qui n'a pas eu sa vengeance après la séquestration et la torture qu'il a subit, pourrait fomenter un coup contre eux ou du moins les deux exilées Céleste et Aïcha. Antoine, le fils de Dopalet dont le personnage n'est pas le plus crédible se rapproche du groupe et sans renier son père, semble lui vouer une certaine indifférence voire un rejet.
Le dénouement surprendra le lecteur qui évidemment se sera attaché à ce groupe éclectique, révolutionnaire, anarchiste, anti-système et vagabonds. Ces individus que rien.ne prédestinait à ce retrouver et à s'entendre et qui pourtant vont accoucher d'une dynamique atypique dont on peut imaginer son existence dans le réel. Une fuite d'une société en crise pour retrouver l'amour de l'autre, l'évidence et l'importance de l'altérité ou juste la simplicité de la musique. Une fin tragique pour un personnage prédestiné. Sur fond d'actualité, entre nuit debout et attentats, Virginie Despentes poursuit sa fresque humaine du 21e siècle. Certains portraits nous séduiront tant ils sont criants de vérité et d'autres nous agaceront car semblants denués de tout réalisme ou caricaturaux dans notre prisme. Toujours est-il qu'un contemporain ne pourra qu'adhérer à une tentative globalement réussie d'esquisser les contours d'une société archipelisée. On accrochera pas forcément au style très direct de l'auteur, aux phrases courtes et percutantes, qui trace des lignes simples et brutes. L'intrigue n'aura rien d'un thriller haletant mais plus d'une tragédie. L'épilogue en forme de littérature d'anticipation et aux accents science fiction m'a paru maladroit. Presque auto-critique. Un faux prophète en marge du système et son groupe de fugitifs mélomanes laissant un héritage qui traversera les siècles et inspirera les rebelles futurs dans leur spiritualité à voir le monde autrement. Un scénario incohérent avec le reste de l'oeuvre. On lit la série sans s'ennuyer jusqu'au bout malgré ma note un peu sévère.