« Ouvrir l’éventail au maximum, faire découvrir toute sa palette » M. Assayas

Voilà l’objectif de Michka Assayas à travers ce livre qui est en réalité la retranscription intégrale des 9 épisodes qu’il avait consacrés à Macca sur France Inter, accompagnée de photos et de pochettes en noir et blanc. Pour ceux et celles qui ont suivi l’émission très intéressante, ce livre leur permet d’en garder une trace écrite. Il ne s’agit pas d’une énième biographie de Paul, il y en a tellement, ni même d’une approche thématique. Ici, Assayas regroupe quelques morceaux de Paul par style général, ça, c’est intéressant car ça permet effectivement de survoler l’étendue du talent d’un mélodiste de génie, en prenant des exemples précis de chansons signées par Paul : l’influence du rock’n’roll dans le 1er chapitre (« I saw her standing there »), l’art de la mélodie (« Yesterday») ensuite, puis, la soul et le funk (« Got to get you into my life »…), les expériences de collages musicaux et les jeux d’enfants (« Penny Lane »), l’influence de la musique rétro et jazzy (« Goodnight Tonight »).

Le 6e chapitre est consacré au blues et à la country (« I’m looking through you »), puis à la folk (« Mull of Kintyre »), le rôle de Paul dans l’avant-garde londonienne avec ses enregistrements chez lui (« Junk ») et enfin, le dernier chapitre est le concert rêvé autour de quelques titres (« Jet », « Back in the USSR »). L’auteur s’appuie bien sûr sur des titres archi-connus mais sait aussi nous rappeler des chansons beaucoup moins célèbres à l’image de « Jenny Wren » (sublime), « Arrow through me », « Here Today » (belle à pleurer, chaque fois qu’il la joue en concert en la dédiant à John, ça me fait cet effet-là et à l’auteur aussi visiblement !). Assayas nous raconte sa propre histoire avec les Beatles puis les Wings : à 18 ans, il assiste au concert des Wings à Paris en 1976 alors qu’il déteste le groupe et n’est venu que pour les 5 morceaux des Beatles que Paul interprète en acoustique ! Il reconnaît aujourd’hui avec lucidité à quel point il s’est trompé sur le groupe de Macca, totalement réévalué par les critiques comme beaucoup de jeunes artistes, mais passer après les Fab Four n’était guère aisé. C’est l’occasion aussi de combattre à nouveau quelques idées reçues sur McCartney, « (…) insignifiance, mièvrerie, gentillesse, fadeur, que sais-je encore. Alors que sa légèreté même est, si j’ose dire, le secret de sa profondeur ». Il n’est pas inutile de redire que c’est Paul qui a signé « Helter Skelter », le titre le plus violent des Beatles, qui ouvrait en 1968 la voie au hard rock et c’est lui, et non Lennon, qui était passionné d’expos et d’art contemporain dans le Londres de 1965/68. Les préjugés ont la vie très dure…

JOE-ROBERTS
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le 25 févr. 2025

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