Merveilleux Conrad. Je l'avais un peu délaissé et voilà que je trouve, par hasard, cette Victoire (sic) que je ne connaissais pas.
Je retrouve avec bonheur l'ambiance du grand romancier, mais surtout, je m'aperçois que j'avais négligé son humour. On le trouve par exemple ici dans les personnages des deux bandits, pieds nickelés aussi dérisoires qu'inquiétants. On m'a dit qu'Échenoz aimait ce roman. Je comprends bien pourquoi. L'histoire fonctionne autant au premier degré que comme parodie. Même les temps morts sont haletants.
Non, vraiment, c'est magnifique. Quelle ambiance. Quelle puissance dans la méditation existentielle !
Qui a raison, du vieux baron Heyst (le père du protagoniste), le philosophe, dont les derniers mots sont : "Observer ; ne faire aucun bruit" ou de son fils, l'âme errante, qui regrette, en mourant, d'avoir tenté de déserter le monde, ce qui lui a fait douter de la femme aimée ?
Comme dira Faulkner un peu plus tard, "Victory is an illusion of philosophers and fools". Est-ce peut-être la victoire de l'amour ? Il est tentant de le penser, mais... on ne saura pas. Seule certitude, en effet, le "Rien" qui clôt le roman.
À ceux qui fantasment de quitter leur vie craquelée pour le bonheur de quelque île déserte, il faudrait (s'ils en ont le courage) conseiller la lecture de ce texte.