Quelle claque ! Et quel plaisir de relire ce livre !
À mi-chemin entre des films comme The Big Lebowski ou Last Looks (2022) et les romans réalistico-satiriques du XIXème siècle (je pense bien sûr à Dickens), Von Westmount est un texte qui prend à bras-le-corps les défis politiques de notre époque avec un regard acerbe et lucide. Tout y passe : capitalisme, chômage, usage de l'anglais au Québec, patriarcat, réchauffement climatique, deuil, situation des autochtones au Canada, devenir adulte... mais aussi bêtise, cynisme et mauvaise foi.
Littérature engagée contre toutes les formes de domination (et donc à l'opposé d'une démarche militante et dogmatique), le roman parvient à présenter de manière simple et drôle, avec un ludisme délibérément exagéré, les dominations qui parsèment le quotidien et façonnent les vies de ceux qui ne sont pas milliardaires. Ainsi, la narration omnisciente balade son lecteur dans l'histoire d'Aline - une montréalaise dont la vie va tout croche et qui obtient un petit emploi auprès d'une richissime famille (habitant sans surprise à Westmount) - en brisant la chronologie linéaire avec une fluidité cinématographique.
De fait, Von Westmount est un récit extrêmement dynamique, à l'écriture singulièrement maîtrisée et entraînante, dont un de mes seuls regrets est qu'il se dévore plus vite qu'il ne se savoure.
Alors oui, il y a de l'anglais (mais d'un niveau très simple, rassurez-vous). La présence quasi-constante - délibérément envahissante même - de la langue de Shakespeare au sein d'un roman d'expression française a néanmoins un caractère éminemment politique dont il eût été dommage de se priver.
Aux rageux de la langue française : je vous propose de relire ne serait-ce que le titre du poème Speak White de Michèle Lalonde, dont personne n'a jamais reproché l'usage de l'anglais à ce que je sache.