Vostok
5.4
Vostok

livre de Jean-Hugues Oppel (2013)

Rien de neuf sous le soleil. Celui de plomb du territoire Awasati, situé quelque part en Afrique dans les parages de la Namibie ou de l’Afrique du Sud.


La routine, on vous dit. Ici, les terres rares ont remplacé le pétrole, les diamants ou d’autres minerais stratégiques. Coltan, germanium et autres éléments peu commun du tableau périodique des éléments, fort utiles aux merveilles technologiques indispensables à notre confort, attirent bien des convoitises. Les mêmes compagnies étrangères les exploitent usant de la corruption ou de la violence pour amadouer les autochtones. Tout reste une question de coût, de rentabilité, de gain de productivité comme on l’affirme dans les cercles s’autorisant à penser.


Dépêchée par l’ONU pour enquêter sur les conditions de travail dans les mines de la société Métal-IK, Tanya Lawrence n’est pas vraiment surprise par le microcosme de la Colonie. Dans ce milieu de prédateurs, les pires requins n’évoluent pas au pied de la résidence côtière des expatriés. On les trouve plutôt dans les couloirs et les bureaux, quand ils ne guettent tout simplement pas leur proie au cœur des mines.


Habituée à déjouer les menaces et les propositions malhonnêtes ou de nature plus lascive, Tanya sent pourtant qu’il lui faut prêter davantage attention aux chausse-trappes cette fois-ci. Elle ne peut compter sur personne. Ni sur les indigènes, guère prolixes avec les étrangers, ni sur Tony Donizzi, l’homme à tout faire de la colonie, un personnage soucieux de préserver ses secrets, chargé de jouer le rôle d’ange gardien le temps de sa mission.


Que dire de Vostok ? Depuis Cartago, Jean-Hugues Oppel reste en prise avec l’actualité politique et économique de notre monde. Observateur sans pitié du capitalisme et du jeu de dupes de la démocratie, plus que jamais devenue ploutocratie, il fait son miel de cette comédie humaine. Et nul n’échappe à son auscultation, du plus petit acteur au décideur XXL. Il ne s’agit toutefois pas ici de dénoncer ou de titiller la fibre idéaliste du révolutionnaire (supposé) sommeillant en chaque lecteur, voire de le pousser à s’indigner (ahah !). De toute manière, la contre-révolution a gagné, et la justice on s’en fout, tant qu’elle ne contredit pas les intérêts particuliers des uns et des autres. Alors Jean-Hugues Oppel déballe au plein jour ce que tout le monde sait, tout en étant conscient que personne n’y changera rien ou ne manifestera la volonté de modifier quoi que ce soit, la littérature moins que les autres. Le constat est cruel. Heureusement, l’auteur le désamorce avec un humour grinçant, pour ne pas dire vachard.


Avec Vostok, on reste cependant un tantinet sur sa faim. Jean-Hugues Oppel se contente de survoler son sujet, alignant, comme à la parade, les poncifs et les clichés les plus éculés dans une intrigue manquant d’épaisseur. Plus grave, l’auteur semble en pilotage automatique tout au long du roman, se satisfaisant de situations convenues et de simples recettes d’écriture. Il déroule ainsi une histoire guère surprenante, à la tension dramatique désespérément atone, où chaque personnage demeure droit dans ses bottes crottées et accessoirement dans son rôle : le méchant ou le gentil. Rien ne vient rehausser le récit du désastre annoncé, dont on voit venir le dénouement longtemps à l’avance, ni les allusions cinématographiques, ni les références livresques ou musicales. Les formules claquent mollement, les squales effectuent la danse du scalp attendue, l’humour ronronne en tâche de fond et les rebondissements s’apparentent davantage aux ultimes réflexes d’un cadavre.


Bref, Vostok apparaît comme un roman dispensable dans la bibliographie de l’auteur. Jean-Hugues Oppel prêche les convertis à sa chapelle. Toutefois, il n’est pas sûr qu’ils soient fort malmenés par cette histoire. Pas sûr qu’ils veuillent non plus renoncer à leurs joujoux technologiques. D’ailleurs, vous-mêmes, avec quoi me lisez-vous ?


Source

leleul
5
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le 4 sept. 2016

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leleul

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