Étant donné le degré de détail du résumé figurant sur cette fiche, je vais faire bref.
Un récit sensible et quelque peu hanté. J'ai longtemps renâclé devant ce bref "livre de chanteur", comme dit son auteur (qui signe de son "vrai" nom) ; enfin, bien plutôt, l'auteur craint de faire un "livre de chanteur", ce qui lui semble péjoratif. L'ayant lu enfin, je confirme que ce n'en est pas un. La plume n'est pas trempée dans la même encre que celle de ses chansons, me semble-t-il. L'effet produit est tout autre, rejet et nostalgie mêlés au cœur de l'écriture.
"Mais n'est-ce pas ce que je cherche, au fond : retrouver tout tel quel, inchangé. Être conforté dans mes certitudes. Savoir le livre écrit depuis longtemps, sans risque de voir sa trajectoire s'infléchir, son propos se nuancer."
Ce texte autobiographique relève d'un questionnement, celui des origines : qu'est-ce qui l'a marqué à ce point, "notre" Dominique, de cette ville de Provins, qu'il rejette passablement — comme l'on peut tourner la page des années d'enfance et d'adolescence avec une rancœur secrète —, et pourquoi devient-elle une énigme, un lieu sur lequel il revient, par l'écriture ? Puis physiquement, dans la réalité, pour s'y confronter aux souvenirs qui inspirèrent ses chansons "Rue des marais" et, avant cela, "Les terres brunes" ? Et s'y produire, une fois acquise une forme de notoriété.
Le mouvement d'y revenir, aboutit à cette conclusion : " j'ai l'impression qu'un nœud s'est dénoué, qu'une réconciliation entre le lieu et moi s'est produite et que je n'aurai peut-être plus besoin d'y revenir."
Le récit de Dominique Ané obéit relève d'une nécessité : témoigner d'un cheminement — abordé de façon subtile, par touches successives, et empreint de pudeur — vers une identité d'artiste. Pour un résultat extrêmement touchant.