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le 22 mai 2022
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BD adulte de 2020, "Chinese Queer" est ce genre de Bd qui comporte une forte dimension philosophique existentielle, un côté de critique sociale et un graphisme assez particulier.Faire un résumé de...
Incontournable Roman Mars 2026
Siècle Vaëlban a une plume envoutante, mais qui couplé à ses enjeux sensibles, en fond une autrice particulièrement marquante. À sa façon, elle me rappelle Kochka, elle aussi versée entre la poésie et les sujets délicats. Ici, on s'intéresse à deux personnalités mises en opposition, celle d'un frère, chroniquement dépressif et fataliste, et d'une petite sœur, en apparence incurable optimiste, mais qui apprendra qu'il faut aussi accorder de la place aux autres émotions. C'est un roman magnifique qui parle donc de santé mentale, de rapports humains, de deuil et de cette Nature magnifique dans laquelle nous vivons.
Marguerite, qui préfère se faire appelée "Yellow" a fait de sa vie un champs de fleurs sous pavillon jaune, guidée par la voix de son défunt grand-père, humaniste et optimiste philosophe. Émerveillé par la nature, amatrice d'aventures, Yellow dégage cette énergie chaleureuse contagieuse qui lui donne ses airs de "feu follet". Toutefois, ombre au tableau, sa famille traverse des eaux troubles. Alors que l'été prend racine et que sa famille trimballe leur petite maison mobile d'un endroit à un autre, on apprend au fur et à mesure que cette petite famille tente au mieux de vivre avec Aubépin, leur fils ainé, à l'âme profondément tourmentée. Habillé et maquillé de noir de pied en cap, il lui semble impossible d'apprécier quoi que ce soit. Cet état déstabilise la famille et on comprend qu'entre la pétillante Yellow et le morose Aubépin, ce qui était avant une relation saine et complice s'est transformé en quelque chose de précaire et de conflictuel. Posés en parfaits opposés, les deux personnages, guidés et conseillés par des personnages complexes et nuancés, devront trouver un équilibre pour se permettre de renouer, un peu de jaune dans le noir, un peu de noir dans le jaune, pour que l'un guérisse et que l'autre s’émancipe.
Je ne dispose pas d'assez de place, je pense, pour tout analyse, tant il y a de choses à dire sur les plans de la psychologie et de la philosophie. Pour bien cerner les enjeux, il faut suivre les codes couleurs, nombreuses dans cette histoires. Elles forment une vaste allégorie, entre le Jaune, qui symbolise la joie, la chaleur, mais aussi une certaine forme d’innocence, et le Noir, qui endosse la douleur, le deuil et la mélancolie profonde. Mais on constate que les deux personnages manquent de ce qui rend l'autre si plein de certitudes: Aubépin, pleins de son cynisme et de son regard très critique sur le monde, enfoncé dans ses idées sombres fac à un monde auquel il se sent complètement impuissant et très anxieux. Yellow, pleine de sa nature généreuse, de son empathie innée face aux autres et de la philosophie humaniste de son grand-père, Bel-Esprit. Ils ont tous les deux des figures d'attachement qui les renforcent de part et d'autre: Aubépin a eu Mia, elle-aussi pleine de combats trop gros pour elle, et Yellow son grand-père, pour qui le monde est rempli de richesse en-dehors du matériel et du statut social.
Au fil de cette histoire qui a des airs de contes, je découvre un Aubépin victime également des machinations psychologiques d'une personne mal intentionnées, bien campée dans ses croyances, ne réalisant pas le mal qu'elle nourrissait auprès de deux ados à l'esprit fragilisés. Il s'agit d'Émilie. Secrétaire non-qualifiée, elle a su déprécier et rabaisser Mia et Aubépin, en les convaincant du "vice" qui coulait en eux. Cette femme me rappelle ces imbéciles pétris de suffisance des sectes, cultivant leur vision du monde sans la moindre empathie et nuances pour ceux et celles qui ont le plus besoin d'être rassurés et entendus. C'est là le grand mal des gourous: Détruire des vies en leur promettant de les sauver d'un mal qui n'existe même pas. Aubépin et Mia sont fort probablement en dépression sévère, résultat, peut-être de leur anxiété envahissante, de leur lutte contre les dérives d'un système capitaliste vorace qui les mettent à bout de souffle. Mais c'est peut-être aussi une maladie, la dépression chronique, un déséquilibre neurochimique qui peut survenir chez certaines personnes disposant d'une génétique sensible à cette maladie.
Attention, il y a aura des divulgâches à partir d'ici.
Les raisons importent peu, au final, la seule chose qui aurait du primer est leur guérison. Ils ont même été hospitalisés pour en guérir. Malheureusement, sous les mots impitoyables et la manipulation d'Émilie, Mia a finalement décidé de mettre fin à ses jours. Aubépin vit ce départ violent comme une souffrance de plus et ne semble plus capable de s'en remettre. Aubépin ne mange presque plus, il ère souvent, critique beaucoup et n'exprime plus que la morosité, du cynisme et de la défiance. Pourtant, on sent entre les mailles que sa relation avec Yellow lui arrache certains réflexes et certains comportements emprunte de tendresse. Mais il a également des mots très durs envers elle, dépréciant ses idées et son humeur joyeuse comme autant d'anomalie dans l'ordre des choses dans son monde noir.
Mais Yellow, même avec cinq ans de moins, résonne et réfléchit avec une maturité et une sagesse peu commune. On découvre que cette jeune fille aussi traine une épine dans le coeur. En effet, complètement déboussolés et obligés de prendre soin de leur aîné malade, Solveig et Jonas ont confié leur cadette à Bel-Esprit, le grand-papa des enfants. Si Yellow s'est construite avec son grand-père une relation solaire et sincère indéniablement magnifique, le fait est qu'elle s'est aussi sentie isolée et rejetée. Durant un an, elle a vécu avec son grand-papa, ponctué de plusieurs visites de ses parents. Yellow, même avec son optimiste à tout casser, reste une enfant. Et un enfant privé de son foyer et de sa cellule familiale, peut raisonnablement se sentir délaissé.
Cela m'amène à souligner que Yellow se laisse peu de marge pour vivre ses émotions désagréables. J'ai volontairement choisi le mot "désagréable", parce qu'aucunes émotions n'est "négative". Nos émotions sont des messagères et elles nous aident à réagir aux choses qui nous entoure. Yellow m'a semblé museler ses émotions comme la tristesse, la rancoeur ou le dépit plusieurs fois, parce que "le jaune est sa couleur". Tout comme Joie dans le film "Sans-Dessus-Dessous/Vice-Versa, Yellow oublie que la tristesse a un rôle à jouer. On ne peut pas être joyeux sans arrêt, ni feindre la joie, autrement on est en train de s'aliéner soi-même. Et quand on laisse les émotions parler, qu'on s'autorise à être honnête envers soi, on devient sincère avec les autres. Il aura fallut plusieurs tentatives pour Yellow à parler à son frère et lui exprimer, non pas des arguments rationnels, mais des sentiments réels, soit son inquiétude immense de perdre son frère. Il n,est pas dit que ce qui est arrivé à Mia n'arrivera pas à Aubépin, quand on y pense...
J'aurai personnellement choisi un autre mot que "gagner" quand Yellow se dit vers la fin "quelle a gagné" contre le cynisme de son frère, j'aurais plutôt choisi "j'ai réussi". Parce que oui, elle réussit quelque chose, notre frivole tête de pissenlit sautillante, elle l'a convaincu qu'il n'est "pas seul", qu'il "est aimé". Parce que c'est ça, au fond, la plus grande richesse d'un humain pour un autre humain, sa présence désintéressé, sincère, récurrente, sans oublier l'amour, sincère, désintéressé et récurent. Laissons aux intervenants le rôle de soigner les blessures de l'âme, et donnant aux gens qu'on affectionne une épaule de réconfort pour qu'ils s'y repose. "Aimer" est parfois souffrant, pas parce qu'on autorise la violence, mais parce que c'est souffrant de voir l'autre souffrir. Au final, Yellow apprend de son frère ce qu'est "aimer" et surtout, accpeter ses émotions, même les moins "jaunes", tandis qu'Aubépin est rassuré dans le fait qu'il n'est pas seul et abandonné parce qu'il est malade. D'ailleurs, malgré les nombreuses tentatives infructueuses, Aubépin cherche encore à se soigner. Il n'est plus en phase de déni, il est e phase de reconnaissance du problème et en quête de guérison. C'est un très bon début.
Le roman ne se clôture pas sur une "fin heureuse", conventionnelle. Aubépin reste encore malade, mais il est en bonne voie pour la guérison. Yellow n'est pas sortie indemne de cette aventure émotionnellement chargée, mais elle en ressort murie. Les incroyables et atypiques parents des enfants sont mobilisés, fatigués, mais encore très soudés et mobilisés.
D'ailleurs, parenthèse, je les aime beaucoup ces atypiques parents. Ils considèrent leurs enfants comme des personnes, moins comme des enfants, ils sont là pour fixer des limites, mais utilisent aussi beaucoup les négociations sur les sujets moins graves. Ils donnent des responsabilités également, mais sont aussi très présents quand il faut parler d'émotions et de sujets sensibles. J'ai aussi remarqué que le père est plus le confident, alors que la mère est plus la guerrière, celle qui fonce dans le tas. C,est aussi une femme habile de ses mains en construction, alors que Jonas est plus un grand sensible qui aime cuisiner. On dynamite joyeusement les rôles de genre désuets et pas pertinents. Qu'ils préfèrent un rôle plus conservateur ou plus équitable, les parents devraient être libres de jouer les rôles qui collent à leur personnalité et leurs valeurs, bien avant de correspondre aux rôles de genre, ces constructions sociales très subjectives. Bref, on a des parents à l'écoute, qui laisse de l'espace et la liberté de réfléchir à leurs enfants sans pour autant relâcher le cadre de base pour le respect des règles et de la sécurité. Une chose est sure, je n'ai jamais vu un modèle de parents comme celui-là, c'est rafraichissant.
Il y a une dimension que j,ai trouvé particulièrement pertinente, qu'on peut observer dans les derniers chapitres. La petite famille se retrouve chez une communauté de soutient psychologique inclinée sur des idées et des croyances multiples. La dimension des croyances m'intéresse moins, c'est plutôt l'idée de fond que je trouve pertinente. Lévy, l’intervenant principal, indique clairement à Aubépin que guérir prend du temps et des efforts. Il n’existe pas de panacée aux maux de l'âme. Il parle même des ressacs, des retours possibles, car oui, la santé mentale n'est pas un long fleuve tranquille, elle peut connaitre des retours en eaux troubles. Quand Levy fait la petite cérémonie d'accueil d'Aubépin, j'ai aussi remarqué qu'à la question "Que veux-tu déposer", donc entendre "quel sont tes objectifs?", Aubépin en accumule plusieurs. Levy met le hola au jeune homme en lui disant essentiellement qu'on ne mise pas sur plusieurs buts en même temps, on en cible un et on travaille dessus. En somme, Levy parle du b-a-ba de l'intervention psychosociale: être réaliste dans ses objectifs, comprendre qu'il faudra du temps et des efforts, connaitre et reconnaitre ses pensées limitantes ou apprendre à les connaitre et les reconnaitre, apprendre à vivre avec ses traumas, pas à les oublier ou pire, les sublimer, et enfin, être bienveillant envers soi-même. À cela s'ajoutent bien sur les facteurs de protection et pas les moindres: Les figures d'attachement sécurisantes. Dans le cas d'Aubépin, c'est sa famille. Ils sont présents, attentifs, à l'écoute ( variable cela dit, selon les moments), et mobilisés, bien que fatigués. Même quand la famille a ses conflits et ses conversations houleuses, ce qui illustre qu'on est pas parfaits, reste que les bases sont là. C'est déjà beaucoup.
Je vais cependant nuancer quelque chose qu'il faut garder en tête, c'est de ne pas tomber dans le Syndrome du Sauveur. Il existe une nuance entre "être une épaule solidaire" pour quelqu'un qu'on aime et de "sauver quelqu'un" en s'oubliant soi-même. À mon sens, Yellow et ses proches sont des épaules, leur but n'est pas de guérir Aubépin, mais de lui rappeler qu'ils sont là pour lui et non contre lui. La tâche de guérir revient à Aubépin lui-même, aidé d'ailleurs avec de la médication.
Un dernier enjeu lié au deuil que je veux souligner concerne Yellow, deux fois en plus. Yellow, au début du roman, "parle" a son grand-papa, Bel-Esprit de son surnom. On apprendra que celui-ci est décédé et qu'au final, Yellow se rappelle les conseils de son grand-père plus qu'elle ne lui "parle" réellement. Ou on peut s'imaginer de la magie ici, sinon. Mais elle n'a pas encore réellement "vécu" son deuil. Bientôt, un second deuil s'ajoute, celui de Coco, le perroquet de la famille, âgé de 79 ans. Lui aussi en fin de vie, il aura droit à un magnifique chapitre avec une femme qui adore les oiseaux, Signorella, la dame aux oiseaux. Yellow, déjà fragilisée par la perte de son grand-papa, compagnon pendant 1 an complet, des humeurs instables de son grand-frère et maintenant de son cher perroquet. Yellow doit faire face à beaucoup d'émotions et comme elle est attentive à ces divers gens qui l'inspire et qu'elle trouve naturellement du réconfort dans ses passions, Yellow est un personnage qui nous donne une leçon sur la résilience et peut-être même sur la neurodiversité.
Et comme je l'avais observé dans "L'Étoile du soir", de la même autrice, on retrouve cet étrange chevauchement entre le fantastique et le réalisme qui sert un sujet pourtant peu joyeux. Cette autrice a une plume mélodieuse et poétique, assez unique en son genre - similaire à celle de Kochka, comme je le soulignais au début. Je pense que ce style particulier va plaire aux lecteurs habiles et friand de lecture, ceux et celles qui sauront prendre le temps de rêver avec Yellow et traiter les enjeux sensibles. Avec délicatesse et avec sensibilité, l'autrice nous offre une œuvres ouverte sur l'espoir, la guérison et l'entraide, avec un degré de pertinence certain.
Pour un lectorat intermédiaire à partir du 3e cycle primaire, 10-12 ans+
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Créée
le 14 avr. 2026
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