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No Futur
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le 30 août 2025
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Nous retrouvons Magnapole, son monde divisé, ses zones, ses exclus et cette enquête policière qui sert moins de moteur narratif que de prétexte pour explorer les marges du système. Comme dans le premier tome, Gaudé écrit une forme d’adystopie, c’est à dire une dystopie à peine déplacée, qui ne parle pas tant d’un futur lointain que de notre présent poussé jusqu’à sa logique la plus brutale.
La nouveauté vient ici de cette sorte de zone 4, située hors de la ville, où sont envoyés les reclus, les expulsés et les travailleurs invisibles chargés d’extraire l’énergie nécessaire au confort de Magnapole. Le principe est ancien : vivre mieux grâce à la sueur des autres, oublier les morts qui ont rendu notre confort possible, déplacer la violence suffisamment loin pour ne plus avoir à la regarder. Difficile de ne pas penser à l’exploitation contemporaine des terres rares, du lithium ou des ressources africaines, derrière les promesses propres et technologiques de nos sociétés.
Gaudé montre aussi très bien la pseudo écologie de façade qui permet au système de se donner bonne conscience. On réimplante des animaux en ville, on met en scène une nature domestiquée, on prétend contrôler le climat ou faire pleuvoir à volonté, pendant que la véritable violence écologique et sociale est simplement rejetée plus loin, hors du champ visible. Magnapole se rêve verte et réconciliée, mais son confort repose toujours sur l’exploitation, l’extraction et l’oubli des corps sacrifiés.
On retrouve aussi Zem Sparak et Salia Malberg, deux êtres brisés, usés, presque sans espoir, qui ne tiennent encore que par la rage, le métier et une forme de fidélité à ce qu’ils ont perdu. Salia finit par trouver dans la révolte une nouvelle manière d’exister, tandis que Zem accomplit un retour plus intime. Tel un Ulysse dystopique, il revient non pas vingt ans plus tard, mais trente ans après, vers sa Grèce, son amour de jeunesse, sa langue, sa terre et ce qui reste de son identité première.
Le roman fonctionne alors davantage lorsqu’il quitte l’enquête pour interroger l’exil, la honte, la mémoire et la possibilité de recommencer. Zem comprend qu’il ne peut pas vivre seulement dans l’effacement de lui même. Il lui faut retrouver son vrai nom, son passé, ses fautes et son pays pour envisager autre chose que la survie. Le confort de Magnapole apparaît dès lors comme une prison douce, un système qui fait croire qu’il n’existe aucune alternative, alors que la seule issue consiste peut être à partir, à refuser, à se rappeler.
Il y a là des idées fortes : la ville comme machine à solitude, les multinationales qui remplacent les États, les révoltes financées par d’autres intérêts, l’écologie transformée en spectacle de communication, la Grèce devenue décharge à ciel ouvert mais conservant malgré tout une valeur spirituelle pour ceux qui en viennent. Gaudé montre bien que les puissances n’ont pas de morale, seulement des stratégies.
Reste que Zem n’apporte pas vraiment un supplément décisif par rapport à Chien 51. L’univers est toujours efficace, l’écriture reste ample et habitée, mais le procédé demeure assez proche : une enquête, un monde inégalitaire, deux personnages cabossés et une critique sociale très lisible. Le livre fait donc le travail, sans être mauvais, mais sans donner le sentiment d’ouvrir une direction vraiment nouvelle. Une suite correcte, portée par quelques belles images et par le retour presque mythologique de Zem vers sa terre perdue, mais qui confirme aussi certaines limites du premier roman.
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