« 91’s » est un morceau de cloud rap / rap français signé PNL, sorti en 2018 comme single avant d’être intégré à « Deux frères » en 2019. Avec ses 3 minutes 54, le titre cherche clairement le contraste : une production douce, estivale et nonchalante pendant que les deux frères empilent les références au passé, à l’argent, à la rue et à leur univers familial.
Musicalement, PNL reste dans son laboratoire habituel : nappes planantes, basse souple, rythme tranquille et voix autotunées qui glissent sur la production comme deux limaces en vacances à Saint-Tropez. La recette est parfaitement reconnaissable : rien ne déborde vraiment, tout est poli, enveloppé et calibré pour donner cette impression de flotter au-dessus du bitume.
Et pourtant, c’est précisément ce qui me pose problème. À force de vouloir planer, le morceau finit par manquer de relief. J’attends une montée, une rupture, un changement de température… mais non : le transat reste déplié, le cocktail reste frais et la musique continue de bronzer.
Ademo adopte ce ton détaché caractéristique du groupe, avec des formules qui mélangent ambition, provocation et références américaines. Le refrain enchaîne notamment « Je suis un lion, pas un mouton », puis le fameux cocktail avec « le petit parasol ».
L’idée pourrait être amusante si elle me faisait davantage sourire. Mais entre le lion, le mouton, Al Capone, Dallas et Beverly Hills, j'ai surtout l'impression d'assister à un safari organisé par un vendeur de lunettes de soleil.
Les paroles sont, pour moi, le véritable problème. Il y a pourtant quelques passages qui tentent de montrer une autre facette de PNL. La phrase « On chante en public mais nos larmes sont privées » résume assez bien leur goût pour le contraste entre réussite extérieure et mal-être intérieur.
Là, je reconnais une idée intéressante.
Mais elle est aussitôt noyée dans un déluge de références au trafic, à l'argent, aux armes, à la consommation et aux rapports sexuels. Le texte passe ainsi du mélancolique au vulgaire en quelques secondes, comme si Baudelaire avait été enfermé dans une cave avec un catalogue de voitures de luxe.
Et certaines formules me font franchement lever un sourcil : « Je revends la blanche à Obama » ou encore « même deux Glocks peuvent te faire des peace ».
Pour moi, ce genre de provocation ne suffit pas à construire un texte fort. On peut parler de violence, de drogue ou de réussite sans forcément empiler les accessoires du parfait kit du rappeur de banlieue. Ici, je trouve que le personnage prend souvent le dessus sur l'écriture.
N.O.S apporte heureusement une dimension un peu plus personnelle avec la famille et le passé. Lorsqu'il évoque le fait que « l'argent a séparé » puis parle de son ennui malgré le tour du monde, on entrevoit une contradiction intéressante : avoir obtenu ce que l'on désirait ne signifie pas forcément avoir trouvé le bonheur.
Mais, patatras ! Le morceau retourne aussitôt aux mêmes obsessions. Le fond intéressant existe, mais il est coincé dans le coffre d'une Lamborghini dont personne ne retrouve les clés.
Côté émotion, je reste donc sur le trottoir. Je comprends parfaitement pourquoi certains auditeurs apprécient ce morceau : il possède une vraie atmosphère et une production immédiatement identifiable.
Mais chez moi, cette douceur produit l'effet inverse : je ne plane pas, je m'ennuie. C'est joli, c'est propre, c'est travaillé… mais j'ai l'impression d'écouter une carte postale qui aurait oublié d'écrire quelque chose au dos.
Mon 1/10 est donc volontairement sévère. Je ne nie ni la signature sonore de PNL, ni leur capacité à créer une ambiance, ni même quelques bonnes images dans le texte. Mais pour moi, « 91’s » confond trop souvent atmosphère et profondeur, provocation et écriture, nonchalance et émotion.
Le morceau veut prendre le monde sans vivre ; moi, j'aimerais déjà qu'il me donne une bonne raison de rester jusqu'à la fin.
Un cocktail frais, un parasol, quelques Glocks, Al Capone et beaucoup de fric : il ne manque plus que le ticket de caisse pour comprendre pourquoi j'ai payé si cher l'ennui.