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Sorti le 22 juin 2018, « À l’ammoniaque » est un morceau de cloud rap / emo rap qui marque le retour de PNL après une longue absence. Premier extrait de « Deux frères », il abandonne une partie des recettes les plus trap du duo pour installer une ambiance beaucoup plus dépouillée : guitare aux accents espagnols et western, production minimaliste, voix aériennes et grosse dose de mélancolie. Le morceau dure plus de cinq minutes et deviendra par la suite un single de diamant.
Musicalement, c’est probablement l’un des morceaux les plus singuliers de PNL. La guitare sèche donne l'impression qu'un cow-boy mélancolique vient de poser son cheval devant les Tarterêts. Les nappes sont discrètes, la rythmique s'efface et les voix occupent énormément d'espace. Le morceau ne cherche pas à cogner : il cherche à flotter.
Et je reconnais volontiers le travail de production. Le problème, c'est que cinq minutes seize de brume musicale, pour moi, ça finit par ressembler à une météo France qui aurait oublié de passer au bulletin suivant. Le morceau prend son temps, beaucoup de temps, énormément de temps… tellement que mon impatience finit par demander une carte Vitale.
Ademo et N.O.S privilégient ici le chant au rap pur. Les voix sont étirées, autotunées, presque fantomatiques. 20 Minutes relevait justement cette évolution : beaucoup de chant, des voix planantes et une guitare espagnole qui donne au morceau sa couleur particulière.
Mais là encore, c'est une question de sensibilité. Ce qui peut être perçu comme hypnotique me paraît surtout lancinant. J'entends deux artistes qui maîtrisent parfaitement leur signature vocale, mais je ne ressens pas la magie annoncée par la fanfare.
Les paroles, elles, sont plus intéressantes que sur certains autres titres de PNL. Le morceau s'ouvre sur cette image : « C'est l'désert dans la te-tê ». Voilà une formule simple mais efficace : le désert devient autant un paysage qu'un état mental.
Puis vient « J'remplace centimes par sentiments », avant cette idée du cœur qui se transforme en billets. Là, il y a une vraie contradiction intéressante entre l'argent et l'affectif : plus la réussite matérielle progresse, plus quelque chose semble se dessécher intérieurement.
Mais le morceau me perd lorsqu'il empile les images torturées. « Un "je t'aime" coupé à l'ammoniaque » est une formule qui donne son titre au morceau, mais qui me paraît davantage chercher l'effet poétique que provoquer une émotion réellement puissante.
Et c'est précisément mon problème avec l'ensemble : PNL veut transformer chaque phrase en carte postale existentielle, mais chez moi, certaines cartes arrivent avec trois semaines de retard et sans timbre.
Côté émotion, je reste malheureusement devant la porte. Je comprends pourtant pourquoi le morceau a marqué les esprits : lors de son retour en 2018, la chanson et son clip ont suscité une énorme attente, et la presse soulignait déjà son côté mélancolique ainsi que son évolution musicale.
Mais mon ressenti est radicalement différent. Je ne trouve pas cette mélancolie bouleversante ; je la trouve épuisante. J'attends un décollage émotionnel qui ne vient jamais. Le morceau reste volontairement sur la même ligne, comme une autoroute américaine de 300 kilomètres sans station-service.
Mon 1/10 est donc sévère, mais cohérent avec mon rejet de cette esthétique. Je peux reconnaître l'originalité de la guitare, la qualité du traitement vocal, la cohérence du texte et le changement de registre opéré par PNL.
Mais pour moi, la poésie ne fait pas toujours mouche et la mélancolie ne devient pas automatiquement émotionnelle parce qu'on lui met de l'autotune. Ici, j'ai surtout l'impression d'être assis dans un désert à attendre qu'un morceau arrive.
Une guitare, du sable, des regrets, des billets et beaucoup de spleen : PNL m'a envoyé dans le désert, mais a oublié de fournir le GPS.
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