Dès les premières secondes, "Away" débarque discrètement... puis s'installe dans votre tête comme un chat philosophe qui aurait décidé de méditer sur une enceinte Bluetooth ! Cachée en face B du single "Zombie" sorti en 1994, cette composition montre une autre facette de The Cranberries, bien plus douce et introspective que l'explosion électrique de sa grande sœur. Ici, le groupe revient à un rock alternatif mélodique teinté de dream pop et de folk, où l'atmosphère compte autant que les notes. Les guitares préfèrent dessiner des paysages brumeux plutôt que lancer des missiles sonores, la basse avance avec une élégance feutrée, la batterie accompagne avec délicatesse et la production enveloppe l'ensemble d'une chaleur presque cotonneuse, comme si les instruments avaient été emballés dans un nuage ayant fait un stage en Irlande. Dolores O'Riordan livre une prestation vocale magnifique, oscillant entre fragilité et assurance, sa voix semblant flotter au-dessus de la musique comme une plume qui aurait obtenu un diplôme en lévitation. Chaque intonation apporte une émotion sincère, sans jamais en faire trop. Les paroles évoquent l'éloignement, la séparation et cette sensation étrange de voir quelqu'un disparaître peu à peu de son horizon, avec une simplicité qui touche en plein cœur. On se laisse rapidement happer par cette ambiance mélancolique, comme si le morceau ouvrait une fenêtre sur un ciel gris où même les mouettes auraient décidé d'écrire de la poésie. En tant que face B, "Away" est une petite pépite souvent éclipsée par l'immense succès de "Zombie", mais elle mérite largement qu'on lui accorde toute son attention tant elle illustre le talent du groupe pour créer des chansons aussi délicates qu'émouvantes. Une preuve supplémentaire que The Cranberries savait aussi bien faire rugir les amplis que murmurer directement à l'âme. Une face B qui rappelle que les plus beaux trésors aiment parfois se cacher derrière les géants.