Ça sent Paname, la nuit, le bitume… mais chez moi, ce « Dans ta rue » finit surtout en demi-tour au bout de trois mètres.
« Dans ta rue » est un morceau de rap français de PNL, sorti en 2015 sur « Le monde Chico ». C’est la neuvième piste de l’album, avec une durée de 5 min 29. La production de King Doudou, décrite à l’époque comme une production post-trap aux nappes très aériennes, colle parfaitement à l’esthétique du duo.
Musicalement, c’est même l’un des morceaux où la recette PNL est particulièrement bien installée : tempo posé, nappes vaporeuses, basse profonde et voix noyées dans l’Auto-Tune. Le problème, c’est que cette ambiance ne me transporte absolument pas. Cinq minutes vingt-neuf dans cette brume sonore, c’est un peu comme prendre le périphérique à 2 heures du matin en espérant tomber sur quelque chose d’intéressant : on tourne, on tourne, et finalement… rien.
Les voix d’Ademo et N.O.S restent volontairement nonchalantes, presque détachées de ce qu’elles racontent. C’est cohérent avec leur univers, mais personnellement, je trouve que cela transforme rapidement le morceau en longue traînée vocale sans véritable relief. Même le café du matin paraît plus énergique à côté.
Et les paroles, là, c’est le festival du mauvais goût. Dès les premières lignes, Ademo attaque avec « ces fils de pute j’leur mets la fessée », avant d’enchaîner sur le fric, la drogue, le mépris et les insultes. Le passage « Tu veux être ma bitch, t’as un gros boule, c’est super » ne vole franchement pas bien haut non plus.
Le plus intéressant aurait pourtant pu être ailleurs. N.O.S lâche notamment « J’ai vu ces billets froissés consommer les âmes par milliers, briser les cœurs » : pour une fois, il y a une vraie idée derrière la posture, une réflexion sur l’argent et ses dégâts. Mais elle est noyée dans un flot de vulgarités, de références au trafic et de provocations. C’est dommage : lorsqu’une phrase ouvre une fenêtre, le morceau semble immédiatement tirer les rideaux.
Le refrain « J’suis dans ta ville, j’suis dans ta rue » martèle cette présence menaçante, mais chez moi, l’effet produit est plutôt celui d’un voisin qui ferait tourner la même perceuse pendant cinq minutes : au début on écoute, ensuite on cherche le disjoncteur.
Je reconnais néanmoins la cohérence artistique de PNL : production identifiable, univers visuel et sonore parfaitement maîtrisé, et quelques passages plus personnels qui montrent qu’il y avait matière à raconter autre chose. Mais avec ma note de 1/10, la mayonnaise ne prend vraiment pas. Trop de vulgarité, trop de posture, trop de répétition et pas assez de substance à mon goût.