Une chanson qui est telle une source de laquelle jailliront "Standing in the Doorway" et "Not Dark Yet". Un brouillon? Sûrement pas ! Pour moi, ce titre est une synthèse, non seulement d'un album, mais d'une époque. On y retrouve toutes les images, parfois contradictoires, qui peuplent les chansons de Dylan à la fin du 20e siècle. L'ambiance est crépusculaire, Dylan se sent dans un espace où la lumière est vraiment mauvaise, "comme si j'étais au fond d'un ruisseau". Il marche sous la pluie, cachant sa foi aux yeux du monde. Il sent sa propre vieillesse qui vient, qui fait tomber la chair sur son visage, mais malgré tout, il continue de marcher car quelque part l'aube se lève. Il continue de marcher en rêvant d'une femme, en rêvant d'un idéal, en rêvant d'un rêve. Ce rythme de marche, on le retrouve dans cette version. Une marche lente, celle d'un homme qui a maintenant plus de passé que d'avenir, mais qui continue cependant quelque part dans sa tête de courir après l'inaccessible rêve. Est-ce que les paroles sont différentes de la version sortie en 2008 ? Les spécialistes le diront. Au passage, je me rappelle d'une histoire rigolote concernant ce titre sorti en single pour annoncer le "BS8". Un clip a été tourné dans le désert. Lorsqu'on a téléphoné au réalisateur pour lui proposer le projet, celui-ci a dit oui tout de suite !!! Travailler avec Bob Dylan, vous vous imaginez ? Oui, cent fois oui !!!! Il arrive sur place, dans le désert, et nulle trace de Bob. Lorsqu'il a appris que Bob ne viendrait pas, il a soudain senti la chaleur écrasante du désert, qui jusqu'alors lui passait complètement par-dessus la tête, s'abattre sur ses épaules, et aurait préféré être dans son salon à siroter un mojito, plutôt que sous le soleil accablant de cet enfer de sable.