Et maintenant, les Cranberries ouvrent le placard à émotions et découvrent qu'il est complètement vide… sauf une guitare, trois souvenirs et un écureuil qui pleure! "Empty", cinquième morceau de "No Need to Argue", sorti en 1994, revient après le séisme de "Zombie" vers un rock alternatif plus mélodique, teinté de dream pop et de folk, mais conserve une belle tension émotionnelle.
Les guitares installent immédiatement une atmosphère à la fois douce et légèrement sombre, avec une mélodie accrocheuse qui avance sur une rythmique efficace. La basse donne de la profondeur à l'ensemble tandis que la batterie maintient une pulsation régulière, suffisamment énergique pour faire avancer le morceau sans lui retirer son côté mélancolique. La production reste claire et équilibrée, avec une belle présence des guitares et une dynamique qui permet aux passages les plus intenses de respirer.
Dolores O'Riordan apporte une fois encore ce mélange unique de fragilité et de puissance : sa voix semble parfois flotter au-dessus de la musique avant de revenir griffer les émotions avec une précision chirurgicale. Le titre "Empty" résume parfaitement le sentiment qui traverse la chanson : ce vide laissé par une absence, une relation ou quelque chose qui manque sans que l'on sache vraiment comment le combler. Les paroles restent simples et directes, mais cette simplicité leur donne une force particulière. Pas besoin d'écrire une thèse sur la solitude quand une voix suffit à transformer trois minutes en déménagement complet du mobilier intérieur.
Musicalement, le morceau joue habilement sur les contrastes entre passages retenus et moments plus puissants, donnant au tout une progression naturelle. Après l'explosion de "Zombie", "Empty" permet à l'album de reprendre son souffle sans perdre son intensité. C'est précisément ce contraste qui rend "No Need to Argue" aussi efficace : le disque sait passer de la colère à la tristesse sans jamais perdre sa cohérence.
"Empty" n'est donc pas une chanson qui cherche à impressionner par la démonstration ; elle préfère s'infiltrer lentement et laisser son petit poison mélancolique faire son travail. Résultat : on se retrouve avec un cœur légèrement froissé, une guitare dans la tête. Merci les Cranberries.