Voilà, j'ai ouvert la page et écrit le titre. J'attends.
J'aimerais bien réussir ma critique, pour une fois.
À son ordre, à sa loi, personne ne résiste
Et je n'y résisterai pas...
Dans Les Demoiselles de Rochefort, Delphine et Maxence patientent, eux aussi. Mais chez Gaston Miron, fi de la patience, c'est la course — effrénée — la fuite vers — il s'y précipite comme d'une falaise, sans attendre. À l'amour : destination, bien sûr, mais aussi appartenance.
La seule patrie qu'il puisse (y) avoir.
Une excellente chanson est toujours une patrie, et quand on l'écoute, il est question d'appartenance. C'est à moi comme mon livre préféré et usé de l'être. Quand je lance la piste 9 de Cristal automatique 1 (1 ?! que nous réserve-t-il pour le numéro 2 ?), quelque chose d'autre se passe : je me sens appartenir toute entière, englobée, encerclée, courant moi aussi, cœur qui cogne au rythme de la marche. La marque du sublime.
Chanson de Gaston ? Non, chanson de Babx — et comme il est dur de faire quelque chose de plus avec un texte, un poème. Pourtant, jamais en lisant Miron je n'aurais eu cet élan de joie que j'ai quand j'entends la voix fausse de Babx dire “et moi qui suis charpente et beaucoup de fardoches” — cet élan de joie que j'ai quand j'entends “je finirai bien par te rencontrer quelque part, bon dieu !” — cet élan de joie quand “toi tu as la tête d'abîme douce n'est-ce pas”.
C'est le rythme, peut-être, ou le piano qui neige, et fond, et neige, et fond, ou la candeur farouche, ou bien je ne sais pas, parce que je ne sais pas comment tout cela n'est pas niais. Non, cette chanson est une gaucherie entêtée, une beauté maladroite et rageuse, dix minutes zéro une toute seconde rare.
Cela semble si simple, rien de plus qu'oser.
Alors j'ose cette critique (mmh) un brin niaise, mais je ne peux quand même pas passer mon temps à attendre.