Il y a un artiste pour qui cette ballade a eu une importance absolument capitale. Bob Dylan.Il l’enregistra pour son premier album (même si la version ne sera finalement pas retenue) mais son obsession pour la chanson va être une constante de son œuvre au point que 14 ans après avoir enregistré pour la première fois house Carpenter Dylan va complètement la réécrire et la nommée ..«Tangled Up in Blue ! C’est en tout cas la version défendu par de nombreux analystes de l’œuvre Dylanienne.

En 1999 un livre entier sortira même sur le sujet, écrit par Clinton Heylin : Dylan’s Daemon Lover: The Tangled Tale of a 450-Year Old Pop Ballad Paperback.

Ken Bigger défend exactement la même position.

Ils appuient leur point de vue en reprenant la proposition de classification des chanteurs folk de Eleanor R. Long-Wilgus

Cette femme née en 1923 a obtenu son doctorat en littérature et folklore Anglais en 1968. Elle donnera de nombreuses conférences sur l’histoire de la musique folklorique et consacrera une partie de son travail à l’établissement d’une classification des chanteurs folk

Pour elle il existe 4 types de chanteurs folk

1) les persévérants : ils mémorisent toutes les chansons par coeur et les répètent fidèlement

2) les co-fabulateurs: qui enrichissent un récit afin de le rendre plus divertissant

3) les rationalistes : qui adaptent intentionnellement une chanson dans le but de la faire coller à leur propre vision morale ou politique

4) les intégrateurs : Ils réinventent complètement la chanson pour l’intégrer à leur époque.


Si Dylan a commencé sa carrière comme un persévérant il l’a, à partir de 1963, continué comme un « intégrateur ». Toute son œuvre est basée sur la recréation totale de vieille chansons ! Ainsi la chanson « the man in the long black coat « est très probablement la réécriture de « the house carpenter « mais du point de vue du charpentier abandonné qui découvre la maison vide à son retour.


Les grillons chantent , les eaux sont en crue,

Une douce robe en coton sèche sur la corde,

La fenêtre est grande ouverte, les arbres africains

S’inclinent vers l’arrière depuis que la tornade est passée.

Pas un adieu, ni même un mot,

Elle est partie avec l’homme

Au grand manteau noir

…

il avait comme un masque sur le visage.

Quelqu’un disait qu’il citait la Bible

Il y avait de la poussière sur l’homme

Au long manteau noir.

..

Certains disent qu’il n’y a pas d’erreurs dans la vie

C’est vrai, parfois on peut voir les choses ainsi.

Mais les gens ne vivent pas, ne meurent pas : ils ne font que flotter.

Elle est partie avec l’homme

Au long manteau noir.


Que de chemin parcouru entre la version de 1961 et celle de 1989! La même histoire pourtant, oui, mais raconté d’un autre point de vue.


C’est en 1975 avec Tangled up in blue que Dylan fera la reconstruction la plus complète de la chanson. Il créera sa version dans un monde très différent de celui du 17eme siècle. Un monde où la liberté sociale est plus grande, où les liens entre les familles sont moins soudés. Un monde avec moins de conventions sociales et moins d’obligations mais le lien qui lie les personnages est le même.

Un amour ancien vient sans cesse hanté Dylan dans toutes les étapes de sa vie (où alors est ce l’inverse ? Dylan est t’il le James Harris de l’histoire ? ) .

Dans la conclusion de son récit il fera même une allusion directe à la ballade


Voilà, je repars à nouveau,

Il faut que je la voie d’une façon ou d’une autre.

Tous les gens que je connaissais

Ne sont plus que des illusions pour moi désormais.

Certains sont mathématiciens

D’autres sont femmes de charpentiers.

Je ne sais pas comment tout ça a commencé

Je ne sais pas ce qu’ils ont fait de leurs vies.

Mais moi, je suis toujours sur la route

En direction d’un autre port

On a ressenti la même histoire

on l’a simplement vu d’un point de vue différent,

Empêtrés dans le gris.

Hervé_Bertsch
9
Écrit par

Créée

le 9 août 2023

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