Et voici "I Will Always" qui débarque avec un serment d'éternité dans la poche et une guitare prête à faire pleurer jusqu'aux plantes vertes du salon ! Dixième morceau de "Everybody Else Is Doing It, So Why Can’t We?", premier album des Cranberries sorti en 1993, ce titre s'inscrit dans le rock alternatif des Cranberries avec cette délicate coloration dream pop et folk qui enveloppe tout le disque. La composition privilégie une mélodie douce et mélancolique, portée par des guitares claires qui donnent au morceau une sensation presque aérienne. La basse et la batterie restent discrètes, installant un rythme souple et régulier qui accompagne la chanson sans jamais lui voler la vedette. La production conserve cette sobriété élégante qui permet à chaque élément de respirer, comme si le studio avait été remplacé par une petite chapelle irlandaise où même les câbles de guitare se mélangent. Et puis Dolores O'Riordan arrive avec cette voix immédiatement reconnaissable, fragile, légèrement nasillarde et incroyablement expressive. Elle ne force jamais l'émotion : elle la laisse simplement s'infiltrer, progressivement, jusqu'à ce que le cœur se retrouve transformé en flaque. Les paroles évoquent la fidélité des sentiments et la promesse de rester attaché à quelqu'un malgré le temps, les blessures ou les incertitudes. Le "I Will Always" du titre possède donc quelque chose de profondément sincère, presque comme une promesse griffonnée sur un bout de papier que l'on aurait conservé pendant des années au fond d'une poche. Musicalement, le morceau fonctionne justement grâce à cette simplicité : pas besoin de grandes explosions, les Cranberries savent ici faire beaucoup avec peu. La mélodie reste en tête, l'interprétation touche juste et l'atmosphère enveloppe l'auditeur avec une douceur presque hypnotique. En dixième position sur les douze morceaux de l'album, "I Will Always" arrive à un moment où le disque a déjà installé son univers et en prolonge parfaitement la dimension romantique et introspective. Ce n'est peut-être pas le morceau le plus spectaculaire de l'album, mais il possède une sincérité qui lui permet de traverser le temps sans perdre son charme. Une jolie déclaration musicale qui donne envie de regarder par la fenêtre sous la pluie en soupirant… même si, au bout de cinq minutes, le voisin finit forcément par appeler quelqu'un pour savoir pourquoi vous fixez un pigeon avec autant d'intensité.