Jackie Brown
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Jackie Brown

Morceau de John Mellencamp (2005)

À l'écoute de cette chanson, j'y perçois en premier lieu, une douceur compatissante, une sorte de questionnement empathique, une observation bienveillante. Et pour cause, le sujet traité s'avère une suite de questions sur les conditions de vie de la dite Jackie Brown. À savoir, manger à sa faim, se loger, ainsi que plusieurs autres faisant état d'une situation excessivement précaire. Le calme, la retenue vocale de Mellencamp et la guitare au style chansonnier insuffle à la pièce une mélancolie à la tristesse augmentée. Si j'arrête de chercher des grands mots, disons que ce titre me touche plus que bien d'autres. Le chagrin s'immisce quasi automatiquement...


Pourquoi? Parce que j'ai entendu une phrase à la télé qui heurte mais qui demeure totalement réaliste. Les rêves ne se réalisent pas toujours. Et même si ceux-ci sont tout à fait accessible à quelqu'un, dépendant de la situation dans laquelle il évolue, possible que le but fixé ne soit jamais atteint. Car si Justin a un talent incroyable au hockey mais qu'il vit sous le seuil de la pauvreté, jamais il n'aura la chance de développer ses habiletés puisque l'aspect financier ne lui permettra pas. Si Carole rêve de devenir ballerine et qu'un chauffard ivre fait collision avec elle, son genou hypothéqué ruinera ses chance d'y parvenir. Le principe de Peter (^^) peut, à coup sûr, lui aussi, démolir une carrière prometteuse. Il suffit que la direction choisisse un incompétent de niveau professionnel et offre la promotion prévue pour un employé aux qualités irréprochables à l'autre leche-cul. Tout n'est pas définitif cependant, faites lui le coup encore et son rêve sera brisé. Les inégalités sociales demeurent le nerf de la guerre à mon avis. Et nous passe probablement sous le nez une grande quantité de génies à qui on n'aura jamais donné leurs chances.


À l'aube de la cinquantaine, il m'apparaît difficile d'espérer atteindre l'objectif fixé plus jeune. Le milieu dans lequel j'évolue ne m'offre pas d'opportunités digne de ce nom. Ce soir, ma tristesse concerne un excès de lucidité momentané qui me frappe dans la poitrine. Je n'en peux plus d'être subordonné alors que je croyais intensément en moi. Bien que m'appartiennent mes choix, il y aura toujours eu quelqu'un, quelque part pour diminuer mon mérite, saboter mes chances ou encore miner ma confiance, choisir ailleurs ou plus simplement ignorer les accomplissements. Il en résulte un homme pas totalement brisé, détenant encore environ 3% d'étincelles de vie dans le collimateur. Curieusement, je ne lâche pas le morceau mais il devient de plus en plus difficile de croire en ce rêve lointain. Certains jours, la flamme est présente. La plupart du temps, mon espoir s'éteint. L'horloge joue contre moi et entre une désillusion difficilement acceptée et une guerre interne pour continuer, la ligne s'amincit. Lorsque le miroir n'envoie plus le reflet escompté, soit on le brise afin de le fuir ou on cherche une cache afin de ne plus faire face.


Si j'avais su, si j'avais pu, si... Parfois, on s'acharne contre le destin , on continue malgré certains échecs, on s'obstine pour y arriver coûte que coûte. Un peu comme Jackie Brown qui tente de survivre à ces inégalités et en n'esperant plus que le minimum nécessaire, éteinte, fragilisée par une précarité trop lourde à porter et qui fait s'effriter l'espoir de mieux. Il est bon de croire en quelque chose lors de notre passage ici. Avoir une direction vers laquelle se diriger. Toutefois, il ne faut pas croire aveuglément. On risque de s'y brûler les yeux.


Longtemps j'y ai cru. J'ai fait preuve de persévérance. Je me suis obstiné jusqu'à en devenir sauvage, solitaire, presque caché du monde extérieur. Et en arrivant à la ligne d'arrivée, j'ai dû faire le troublant constat. Cette course n'était pas pour moi. Je me suis trompé de chemin. Face à cette conclusion, j'ai dû rebrousser chemin, penaud en me disant :


"...et c'était ça ta vie, Johnny B..."

Jean-francoisBohémie
9

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Créée

le 24 févr. 2026

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Johnny B

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