Vers 18 ou 19 ans, j'étais convaincu que jamais je ne serais en couple et par le fait même, ne jamais avoir d'enfants. J'en ai eu trois. Je crois même que, dans mon histoire personnelle, la vie de couple était secondaire. Biologiquement, l'humain ne sert a rien d'autre que de perpétuer l'espèce. Dans mon cas, je confirme donc cette affirmation n'ayant pas été doué dans une vie amoureuse chancelante. On pourrait dire alors que mon coeur leur appartient presque en totalité. Comme le dit la chanson : je pensais pas qu'un jour...


Jeune con, on ne sait absolument pas comment se déroulera la vie en devenant parent. On attend 9 mois et on se dit qu'on ira avec le flot. Puis, voilà que le bambin se pointe avec sa taille de schtroumpf et sa bouille d'extra-terrestre. Sur le coup, pour ma part, je ne réalisais pas réellement mon nouveau rôle. Ce n'est que 2 semaines plus tard que le déclic s'est fait. Comme une claque inattendue qui ordonne au coeur de prendre une grande respiration et de comprendre qu'à partir de cet instant, l'amour deviendra inconditionnel sans possibilité de libération avant ta propre mort. C'est à ce moment que la dynamique change complètement surtout au niveau de la protection rapprochée. Tu ne touches pas, jamais, à mon enfant à moins que lui, le demande. En cas de désobéissance, il pourrait y avoir , au minimum, une crucifixion du belligérant. On se croyait homme avant. On n'a plus le choix de l'être maintenant..


Pour décrire l'enfant comme je le perçois, il faut obligatoirement se tourner vers une poésie de Francis Cabrel comme dans je t'aimais, je t'aime... Le gros bonhomme que je représente pour un gamin n'a aucune idée à quel point je ne suis rien d'autre face à lui qu'un géant de carton. L'effet devant une joue de bébé, le poignet du bambin, les pas maladroits d'un trottineur n'a rien d'autre de comparable. D'ailleurs, c'est probablement le premier enfant qui donne envie de concevoir le deuxième. Ma vie sans cette minuscule magie qui provient de la main posée innocemment sur ma joue d'adulte n'aurait rien été d'autre qu'une inutile existence. On comprend donc que j'en suis tombé fou à chaque fois. Et la chanson ?


Daniel Lavoie possède un grain vocal qui semble murmuré, rauque et doux, presque suave. Ici, pas de haute voltige, pas de grandes envolées. Mais un texte qui touche et auquel on peut s'identifier en autant qu'on ait aimé dans sa vie. C'est l'histoire d'un mec plutôt vagabond qui connaît les départs, les au revoir et qui, pour une fois aime au point de ne plus vouloir partir. Les paroles ont véritablement une simplicité déconcertante. Toutefois, c'est l'authenticité avec laquelle elles sont chantées qui procure le petit frisson. L'homme semble enfin avoir trouvé son refuge, sa moitié manquante. Comme ce n'est pas mon cas, je ressens ces paroles de la même manière mais dirigées vers mes enfants. La suite saura l'expliquer, et le passage crève coeur pourra être illustré...


Qui dit enfant dit couple et qui dit couple dit aussi séparation. Quand j'ai fondé ma famille et un autre couple qui a suivi, sans même hésiter, je croyais que ça durerait toujours ( quand j'aime une fois, c'est pour toujours- reprise de Cabrel). Or, je ne pouvais pratiquement pas m'imaginer me séparer de mes enfants. Le clash phénoménal a scié mes jambes lorsque j'ai dû me rendre a l'évidence et partir. Avec le recul, je déteste ce souvenir plus que tout au monde. Mon coeur n'allait plus bien. J'en ai vomi de douleur, ma tête n'arrivait plus à distinguer le bon du mauvais concernant la suite. Je visionnais des photos de famille mettant en scène mes deux filles et la chanson seven years gone de Richie Sambora. Je peux affirmer que la tristesse atteignait son paroxysme, planté là à anticiper le moment où je quitterais ce petit monde que je croyais éternel. Le jour est venu, jai dit au revoir, la gorge serrée par les sanglots essayant d'en retenir un peu, histoire de paraître fort. On ne peut pas dire que je m'en suis totalement remis.


Le scénario se répétait, 4 ou 5 ans plus tard avec mon petit bonhomme. A peine conscient que sa mère et moi on se quittait, je le regardais, assis dans sa chaise haute, et cachait mes larmes avant de prendre la route pour une vie qui ne serait plus jamais comme avant. Et ça tire dans le coeur, ça irrite l'esprit, ça tourmente le corps, ça déchire les liens, ca tue une partie de soi-même. Je ne peux pas dire que j'en suis totalement rremis


Je termine en écrivant les paroles de la chanson qui exprime exactement tout ce que j'ai raconté.


" Je pensais pas qu'un jour, j'aimerais si fort, que rêver de partir serait comme rêver de mourir. Je pensais pas qu'un jour, j'aimerais si fort que j'aimerais mieux mourir, que de partir encore".


A mes 3 enfants , pour toujours...

Créée

le 4 avr. 2025

Critique lue 9 fois

Johnny B

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